Actualité politiqueHaïti Progrès
11 au 17 Oktòb 2000
Elections: le compte à reboursAprès une semaine de prorogation, le CEP a fermé le 9 octobre le processus d'inscription des candidats aux élections présidentielle et sénatoriales partielles du 26 novembre 2000. Dans un communiqué de presse son nouveau porte-parole Samuel Louis-Jean a indiqué qu'il n'y aurait plus de prolongation. Il met ainsi un terme aux manœuvres dilatoires de l'opposition visant à obtenir l'option zéro par le débordement des échéances constitutionnelles du 26 novembre 2000 et du 7 février 2001, dans l'espoir aussi de la part de ces anti-nationaux qu'une éventuelle victoire du candidat présidentiel républicain aux Etats-Unis pourrait leur livrer le pouvoir en Haïti.
Cependant, quelles que soient les circonstances et les minces chances qu'on pourrait accorder à cinq d'entre eux, six candidats à la Présidence sont en lice: Jean-Bertrand Aristide (Fanmi Lavalas), Evans Nicolas (URN), Calixte Dorisca (Conseil démocratique quisqueyen), Jean-Philippe Dorcé (Jeunesse pour la République) et Luc Fleurival. D'un autre côté les candidats au Sénat n'ont pas été nombreux à s'inscrire; cela traduit plus que toute autre chose le peu d'espoir d'être élu face aux candidats de Fanmi Lavalas, le Parti de Jean-Bertrand Aristide.
Pour le département du Sud, trois inscriptions au Sénat: la candidate de Fanmi Lavalas Norma Forté Jean-Clae et deux indépendants. Parmi ces derniers, la candidature de Anthony Cyrion a particulièrement attiré l'attention et semé l'émoi au sein de l'opposition, car Cyrion était jusqu'à cette date le porte-parole attitré de la Convergence démocratique dans le Sud. En réalité cela n'a créé aucune surprise, puisque la plupart des candidats de cette opposition n'ont d'appartenance à l'un de ces Partis que pour pouvoir s'inscrire sous une quelconque bannière. La colère de l'ex-sénateur du Sud Paul Denis (OPL) n'a donc pas dérangé grand-monde quand il a déclaré que Cyrion, ancien candidat du Mochrena aux élections du 21 mai, s'était automatiquement exclu de la Convergence. Pour sa part, le bloc des indépendants du Sud mené par l'ancien député anti-néolibéral Gabriel Fortuné a accusé les responsables de Fanmi Lavalas de ce département d'avoir coopté ce candidat malheureux aux dernières sénatoriales. Coopté, c'est beaucoup dire car on ne voit pas pourquoi Cyrion serait obligé de se cramponner à un groupe de partis qui n'ont comme idéologie que l'opportunisme.
Impuissants jusqu'à présent à faire avorter le scrutin du 26 novembre, les chefs de file de la Convergence ont déclaré qu'ils continueront à se mobiliser même après ces élections pour renverser le régime Lavalas. «C'est que nous ne reconnaîtrons pas ce qui se fait», a dit Micha Gaillard du Konakom, candidat deux fois malheureux à la mairie de Port-au-Prince. Sauveur Pierre Etienne, porte-parole infatigable de l'OPL, n'a pas pu garder le
silence une fois de plus et de trop et rêve déjà d'une solution à la Fujimori ou à la Milosevic, à défaut sans doute d'une à la Allende! Pierre Étienne s'est même vanté que son parti avait envoyé un message de félicitation au tombeur du président de Milosevic. Espérons quand même que le nouveau chef d'État yougoslave, Vojislav Kostunica, prendra le temps de lire la prose de Pierre Étienne et de Gérard Pierre-Charles qu'il aurait mieux appréciée si elle lui était parvenue en signe de solidarité quand l'OTAN déversait ses bombes sur la population civile yougoslave. Car, Kosturnica, s'il était contre Milosevic, était tout aussi résolument contre les bombardements contre son pays et les sanctions, à la différence de cette dite opposition haïtienne dont l'un des porte-parole, Ariel Henry du Panpra de Serge Gilles, clamait: «S'ils imposent des sanctions, nous n'avons aucun problème avec cela, mais ils doivent les cibler. Le peuple haïtien est pauvre. Il lutte déjà avec la pauvreté.» (CaribNews, NY, No 933, 12-09-00). Évidemment Henry ne partage pas cette pauvreté et des sanctions nuiraient encore moins à sa propre bourse!
Par ailleurs, le président René Préval, peu avant de quitter le pays à destination de Taïwan, a laissé entendre qu'il pourrait remanier le CEP. Néanmoins il a souhaité que ce changement soit le fruit d'un consensus identique à celui à l'origine de ce CEP. «Les partis politiques de l'opposition avaient demandé d'avoir trois représentants au sein du CEP, ce qui a été fait. Et ils étaient d'accord avec les six autres membres du Conseil. Donc le Conseil électoral actuel est un conseil de consensus. Il se trouve que chaque fois - après les élections c'est ce qui arrive le plus souvent en Haïti - on rend toujours le Conseil électoral responsable de leur échec», a rappelé Préval qui a souhaité voir se poursuivre les négociations entamées sous l'égide de l'OEA, sans pour autant arrêter le processus électoral en cours. Il a réitéré sa disposition à se ranger derrière toute entente qui soit conforme aux lois et à la Constitution du pays. Il en a profité pour annoncer la venue prochaine d'une autre mission de l'OEA dirigée à nouveau par Luigi Einaudi, secrétaire général de cette organisation.
Selon l'agence HPN, ce médiateur avait proposé la formation d'un autre CEP choisi par les candidats à la présidence et l'abstention de Fanmi Lavalas des sénatoriales partielles. L'opposition n'avait pas accepté ces propositions, afin de faire traîner les choses.
Pour sa part le conseiller électoral Richard Chéry, nommé après le départ de trois des 4 représentants de l'opposition, s'est montré opposé à un tel remaniement du CEP. «Tout d'abord je dois dire que je ne suis pas au courant de cette nouvelle, comme vous dites que c'est une rumeur, il n'en est pas question ni ici ni ailleurs», a-t-il dit. Le secrétaire du PLB Renaud Bernardin s'est dit favorable à un changement en profondeur au sein du CEP, rejetant au passage le dernier discours du président du CEP Ernst Mirville. En ce qui concerne la présidentielle, Bernardin s'est montré discret sinon ambivalent. «Non, nous ne soutiendrons personne, nous n'enverrons pas quelqu'un issu du PLB comme candidat à la Présidence. Mais par contre le parti aura à soutenir un candidat à la Présidence, mais il faut tous nous nous réunissions pour prendre une décisions là-dessus.» Pour les sénatoriales partielles, aucun candidat du PLB ne s'était en fait inscrit, même si Bernardin disait il y a peu en regagnant son siège au Sénat, comme nous le rapportions, qu'il n'avait jamais abandonné la grande famille Lavalas.
Naturellement, il en va autrement pour le «Front du tout ou rien» que représente la Convergence démocratique. «Bon, laissez-moi vous dire, il n'en est pas question, nous avons fait des rencontres mais nous ne sommes pas encore en pourparlers ni ne sommes encore en dialogue... Il faut qu'après la résolution de la crise nous ayons un nouveau Conseil électoral provisoire mis sur pied, ensuite nous irons aux élections générales», a dit Ernst Colon du Mochrena revenant à ses options radicales qu'on croyait tempérées depuis le séjour en Haïti le mois dernier de Luigi Einaudi.
En attendant ce changement au sommet de l'appareil électoral, plusieurs BED et BEC du pays ont fait l'objet de certains remaniements. Il est évident que le pays ne peut rester à la merci d'une cohorte d'intrigants et d'ambitieux. Les choses ne peuvent rester en l'état; ainsi a-t-on appris que le gouvernement venait de décaisser, outre les 4 millions de gourdes et les 900 000 dollars US, une autre tranche de 800 000 dollars US en faveur du CEP pour poursuivre la préparation des élections du 26 novembre prochain.