Haïti Progrès
4 au 10 Octobre 2000
Qui sont les jusqu'au-boutistes?Des résultats palpables, on ne peut dire que la deuxième mission de médiation et de bons offices de l'OEA en Haïti conduite par le secrétaire général adjoint Luigi Einaudi en a connus, au terme de son séjour d'une semaine dans le pays. Ces sept jours de pourparlers marqués par une navette Tabarre - Palais national - Hôtel Montana n'ont pas permis à Einaudi d'amener les protagonistes - Fanmi Lavalas et opposition - à des négociations directes, face-à-face. Pourtant, il ne considère pas ces résultats comme un échec. «On a toujours de l'espoir», a dit Luigi Einaudi qui a révélé que certains problèmes ont été clarifiés, sans préciser lesquels. Il est évident qu'il s'est vu confirmer par l'opposition elle-même de l'intransigeance affichée par celle-ci qui en rajoute à ses exigences premières tandis qu'elle prétend vouloir le dialogue.
Dès le départ le chef de cette mission invitée par le gouvernement haïtien avait déclaré qu'il n'allait pas imposer des solutions aux Haïtiens, qui devraient eux-mêmes chercher les voies et moyens d'une entente. Il a gardé la même position au terme de son séjour car, parlant d'un possible retour dans le pays, il a déclaré: «Cela ne dépend pas de moi, cela dépend des haïtiens.»
On sait qu'à l'arrivée de la mission, cette opposition avait posé comme conditions de toutes négociations avec le parti Fanmi Lavalas d'Aristide: le renvoi du CEP, l'arrêt du processus électoral et la cessation des activités de la 47ème législature. Ces exigences déjà jugées inacceptables par la partie adverse n'étaient rien de moins que des injonctions, qui ne pouvaient point permettre l'amorce d'un dialogue et ne constitueraient rien de moins qu'un déguisement des exigences initiales de l'opposition: départ de Préval, formation d'un gouvernement de salut public, dissolution du CEP, annulation pure et simple des élections du 21 mai, la nomination d'une nouvelle direction de la police nationale, etc.
Cela a été bien vite compris et exprimé implicitement par Luigi Einaudi en ces termes: «Nous sommes presque dans un moment très délicat...je crois que je n'ai pas pu faciliter le dialogue direct, face-à-face que j'espérais pouvoir faire mais je crois que j'ai facilité beaucoup d'échanges entre les 2... Je voudrais souligner que j'ai reçu un appui total essentiel de la part du président de la République et que Fanmi Lavalas était prêt à dialoguer directement sur tous les sujets; que ce soient les élections du 21 mai et les élections qu'il faudra voir cette année pour la Présidence et les problèmes généraux du renforcement de la démocratie. Je crois que les partis de l'opposition avec lesquels j'ai pu parler, spécialement ceux de la Convergence....je n'ai pas pu à travers la navette les satisfaire toutes; ils m'ont demandé une période de réflexion.»
Hubert De Ronceray du MPSN, le néo-duvaliériste membre de la Convergence, a feint de s'accommoder, sans toutefois abandonner aucun des éléments de l'ultimatum de la Convergence. Il a jugé que la mission de bons offices d'Einaudi n'a pas échoué. Il a déclaré que la Convergence «invitait l'OEA à continuer ces efforts et chercher des points d'intérêts communs pour que dans les jours qui viennent nous puissions relancer le projet, que le dialogue puisse se faire réellement sur une base satisfaisante». À ce sujet, il est bon de rappeler que le Président Préval avait mis en garde contre des négociations indéfinies, car toutes les institutions constitutionnelles devront être mises en place et les vacances comblées avant son départ du pouvoir le 7 février 2001.
Pour sa part, Marc Bazin du MIDH a proposé comme solution à la crise électorale: l'acceptation des élections du 21 mai moyennant le renvoi du CEP et le report des élections du 26 novembre. La Convergence a rejeté cette proposition et accusé Bazin d'être inféodé au Parti Lavalas, tout comme Irvelt Chéry de l'OPL, a accusé Einaudi de partialité. Même Bazin s'est aussi fait rabrouer par la Convergence (voir «Lancement de la campagne électorale»).
On se rend plutôt compte que l'opposition utilise une stratégie d'usure, et qu'elle n'est point encline à un dialogue quelconque. Victor Benoît de ladite Convergence n'a cependant pas froid aux yeux pour dénoncer les dirigeants de Lavalas qui n'auraient pas accepté un document indiquant qu'ils s'engagent au principe du dialogue. Mais il n'en est pas à une incohérence près, puisqu'après avoir, lui et ses associés de la Convergence, continuellement sollicité l'appui de la communauté internationale et de ses institutions, c'est ce même Benoît qui prétend taxer le représentant de l'OEA d'«irrespect» que de proposer à l'opposition que «Fanmi Lavalas ne participe pas aux sénatoriales» pour pouvoir ainsi permettre à cette opposition de faire élire ses candidats! Benoît et sa Convergence refuseraient tout finalement: dialogue, concessions, faveurs, conseils... pour s'en tenir à cette attitude jusqu'au-boutiste qui paverait la voie à la déstabilisation souhaitée pour parvenir à leurs fins
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