Haïti Progrès
4 au 10   Octobre   2000


Militant haïtien menacé de mort à Philadelphie

Dans la soirée du lundi 18 septembre dernier, vers les 6h30, Ernst Ford venait juste de garer sa camionnette pick up devant chez lui, dans le voisinage de Kensington, au nord-est de Philadelphie. Il revenait d'une manifestation d'appui à Mumia Abu-Jamal, le journaliste ex-Black Panther qui se trouve actuellement dans le couloir de la mort en Pennsylvanie suite à un jugement truqué. À l'arrière de la camionnette de Ford se trouvaient des dizaines de posters avec les slogans suivants: «Ne lynchez pas Mumia» et «Mumia a été piégé» ("Don't lynch Mumia" et "Mumia was framed").

Alors qu'il commençait à décharger son véhicule, un patrouilleur de la police est venu se placer près de lui. «Mumia est mort, et vous aussi», lui cria un des trois policiers se trouvant dans le véhicule, juste avant de démarrer en trombe. Plusieurs passants, témoins de ces propos menaçants, lancèrent alors des cris d'indignation en direction des policiers dont la voiture portait l'inscription du commissariat du 24e district de Philadelphie.

Ford, qui est haïtien, est un membre actif de l'International Concerned Family and Friends of Mumia Abu-Jamal, une organisation dirigée par Pam Africa. Sur le chemin emprunté pour retourner chez lui, il s'était rendu compte qu'il avait été suivi par le véhicule, sur un parcours de plusieurs blocs. «J'aurais pu devenir un autre Patrick Dorismond cette nuit-là,» nous dit Ford. «J'ai demandé à ces policiers le numéro de leurs badges parce que je vais engager des poursuites contre eux. Vous vous imaginez si j'avais moi-même proféré des menaces contre ces policiers, j'aurais été brutalisé, emprisonné, et peut-être même tué.» Il a ajouté qu'il y avait des personnes qui avaient elles aussi entendu les menaces proférées par les policiers et qui étaient prêtes à venir témoigner pour lui.

La police de Philadelphie déclare, quant à elle, qu'il lui faut deux semaines avant de pouvoir déterminer quelle voiture de police et quels officiers sont impliqués dans cet incident. «Dire qu'il leur faut deux semaines pour voir à cette affaire est absurde. Si les menaces étaient venues de moi, il leur faudrait moins de deux jours pour faire une enquête et me déclarer coupable aussitôt», disait encore Ford.

La brutalité policière et les abus ont connu une hausse à Philadelphie depuis l'année dernière. Au cours des protestations à l'extérieur de l'édifice de la Convention Républicaine au mois d'août, ou des appels réclamant justice pour Mumia constituaient le cri de ralliement, des centaines de manifestants étaient arrêtés et des dizaines d'autres maltraités. La police avait même procédé à des «arrestations préventives» - ce qui est tout à fait illégal. De nombreux dirigeants de la manifestation avaient été jetés en prison et une caution s'élevant à un million avait été exigée. La police avait tout aussi illégalement infiltré des espions et des provocateurs au sein des manifestants tout en niant l'avoir fait.

Au mois de juillet dernier, quatre policiers étaient filmés d'un hélicoptère par une équipe de journalistes de la télévision, alors qu'ils étaient en train de battre et de frapper à coups de pieds un suspect de vol de voiture, Thomas Jones qui avait dû être hospitalisé par la suite.

Au cours d'un incident similaire, au mois de septembre 1999, la police avait brutalisé un pasteur d'origine hispanique, Frank Buelna, de même que le fils de celui-ci, qui avaient été par erreur pris pour des voleurs de voitures. «Le chef de la Police offrait ses excuses et disait que le département de la police ferait enquête. Cependant, un an plus tard, on n'en sait pas plus sur cet événement. Je ne tiens pas à avaler le même bluff», de dire Ford.

Deux jours après les menaces contre Ford, la police est revenue dans le voisinage. «Ils frappaient aux portes et je les ai entendus, sans pouvoir le confirmer, frapper aussi les gens. Bon, il y a un peu de trafic de drogue dans le coin. Je ne peux pas dire ce qu'il en était exactement mais il me semble plutôt qu'ils voulaient intimider d'éventuels témoins.»

Concerned Family and Friends of Mumia-Abu Jamal convoque une manifestation pour le samedi 7 octobre 2000 à midi au coin de Kensington et de Allegheny Aves. à Philadelphie. La manifestation prendra la direction du commissariat du 24e district pour exiger que la police procède immédiatement à l'identification des policiers, qui ont proféré des menaces contre Ernst Ford, et porte des accusations contre eux.
 

Pour plus d'informations communiquez avec le Concerned Family and Friends au (215) 476-8812.

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