Haïti Progrès
27 Septembre au 3 Octobre 2000
Que veut l'opposition?
Nouvelle mission de l'OEALa 2ème mission de «bons offices» de l'OEA en Haïti concernant la cabale que continuent à maintenir la communauté internationale et ses protégés, communément appelés «l'opposition», autour des résultats des dernières élections, est à pied d'oeuvre. Arrivée à Port-au-Prince le vendredi 22 septembre, la délégation conduite par le secrétaire général adjoint de l'OEA Luigi Einaudi, compte y rester une semaine. Einaudi espère que d'ici la fin des pourparlers une entente sera trouvée: «Je veux souligner que je viens comme ami d'Haïti, comme facilitateur, c'est-à-dire que les décisions dépendent des Haïtiens et devront être prises par les Haïtiens», a-t-il déclaré d'entrée de jeu. Les Etats-Unis et le Canada ont respectivement envoyé aussi leurs représentants, Donald Steinberg et David Lee, auxquels s'est joint John Campton du Caricom, pour «observer» les négociations. De ce fait, le représentant du secrétaire général de l'ONU en Haïti Alfredo Lopez Cabral s'est dit optimiste quant à l'avenir des pourparlers. «Nous participons d'ailleurs à tous les efforts qui peuvent concourir à l'harmonisation des positions, à la recherche d'un consensus susceptible de déboucher sur une stabilité politique durable», a prétendu ce dernier.
Après une série de rencontres préparatoires pendant le week-end, notamment avec des représentants du secteur privé comme le CLED (Centre pour la libre entreprise et la démocratie), la délégation de l'OEA a entamé le dialogue proprement dit avec la Convergence démocratique, cette alliance disparate des partis et groupuscules de l'opposition, à l'Hôtel Montana le lundi 25 septembre. La Convergence lui a remis un document intitulé «Propositions de la Convergence démocratique autour de la crise électorale», qui comprend 4 points, avec des conditions préalables à toutes négociations avec Lavalas, dont prioritairement: l'arrêt du processus électoral et la cessation des activités de la 47ème législature issue des élections du 21 mai. «Le papier que nous lui (l'OEA) avons remis, elle doit le soumettre à la partie adverse, c'est-à-dire le gouvernement et le parti Lavalas, pour que nous sachions leurs réactions, et c'est à partir de leurs réactions que nous saurons si les choses avanceront ou échoueront», a indiqué le porte-parole de la Convergence et chef du parti néo-duvaliériste Hubert De Ronceray.
Comme on peut le constater, il n'est point question de dialogue ni de négociations pour ce regroupement qui se fait au contraire de plus en plus exigeante.
Les réactions du Pouvoir exécutif et du Parti Fanmi Lavalas ne se sont pas fait attendre. Estimant qu'Haïti doit écouter et ne pas s'isoler du concert des nations, le chef de l'Etat a néanmoins clamé son oppositions à tout compromis anti-constitutionnel. «L'Exécutif s'engage, s'il y a un accord clair entre les partis politiques et si cet accord ne viole pas la Loi et la Constitution,...à exécuter cet accord qui sera trouvé», a dit M. Préval qui a juré que toutes les institutions démocratiques devront être mis en place à son départ du pouvoir le 7 février 2001. Parlant de la rencontre de la mission avec son parti Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune a révélé son contenu en ces termes: «L'essentiel de la rencontre s'est déroulé...pas vraiment autour des élections passées, concernant ses résultats mais plutôt sur les élections passées en tant qu'expérience pouvant nous aider à avoir une meilleure compréhension de comment avancer avec le processus électoral, en particulier les élections présidentielles et les sénatoriales partielles du 26 novembre. C'était en gros l'essentiel.» Neptune s'est donc ainsi référé à la position initiale de l'OEA après la première mission conduite par le secrétaire général César Gaviria qui invitait au mois d'août dernier au dialogue entre les haïtiens pour favoriser une élection présidentielle mieux acceptée que les comices du 21 mai. Mais l'opposition, qui s'appuie totalement sur la communauté internationale pour remédier à son impopularité dans le pays, et qui fait appel constamment à celle-ci, regimbe pourtant à accepter les conseils qui lui son prodigués et s'en tient à ses positions initiales insensées, exigeant: la démission du président Préval; la formation d'un gouvernement provisoire de salut public 3.- l'annulation des élection du 21 mai...
Cependant, en exigeant cette fois notamment l'arrêt du processus électoral et des activités du Parlement avant tout dialogue avec Lavalas, l'opposition a semblé lâcher du lest, sans toutefois dire clairement ce qu'elle veut aujourd'hui. De son côté, Luigi Einaudi a nettement déclaré: «Bon je suis heureux d'être ici, j'ai de l'espérance, je veux travailler avec vous mais cela dépend justement des Haïtiens.» Il ne lui resterait plus qu'à s'informer pour savoir ce que désire finalement les membres de cette Convergence qui ne font en fait que maintenir l'instabilité dans le pays.