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September 20 - 26 2000
Alerte à l'insécuritéUn climat de tension sans pareil, causé par la montée spectaculaire de l'insécurité, règne à Port-au-Prince. Seulement pour la semaine qui vient de se terminer, la police a fait état de 7 cas d'assassinats, 29 agressions, 93 affaires juridiques et 95 arrestations, dont 6 liées au trafic de la drogue et 5 à la détention illégale d'armes à feu.
Le dimanche 17 septembre, à Port-au-Prince, dans la zone de Musseau, Patrice Gousse était abattu de deux balles. Les voleurs se sont emparés de son véhicule, une Nissan pick-up, dans laquelle se trouvaient trois enfants que les bandits ont aussi dépouillés. Le 18 septembre, à Laboule-10, deux corps étaient retrouvés à bord d'une voiture Honda Accord immatriculée au numéro A 1920. Selon les premières informations, il s'agirait d'un policier nommé Toussaint Fritz Gérald et du chauffeur du véhicule.
Dans le secteur de Mariani, dans la banlieue sud, un bandit connu sous le nom de Bab causait à l'aide d'un couteau de graves blessures à trois personnes parmi lesquelles, Patrick Jacques, un chauffeur de taxi; Yves Saintil, un cambiste, et Evans Saintil, un garçonnet âgé de six ans, lequel, selon toute vraisemblance, a perdu l'oeil droit au cours de cette agression.
Quant aux villes de province, elles doivent non seulement se résoudre à ne compter que sur un corps policier presque inexistant, mais elles sont également aux prises avec de graves problèmes d'insécurité, de violences de toutes sortes. C'est ainsi qu'à Mirebalais, des paysans ont tué 5 personnes accusées d'avoir commis différents actes de banditisme: viols, pillages et assassinats. Toujours dans la même période, dans la ville des Cayes, des bandits ont ôté la vie à deux personnes et blessé deux autres. À Port-de-Paix, dans la localité dite Bannan, des paysans ont dû avoir recours aux bouteilles et aux pierres, pour repousser les attaques d'un groupe de bandits. Ils se sont emparés d'un homme, un certain Ignacio, qui a admis avoir commis de nombreux actes de banditisme dans la région. Sans compter le vol à la banque de Fonkoze et le kidnapping d'un employé qui n'a jamais été retrouvé depuis le 6 septembre (voir p. couverture).
À noter qu'il s'agit là, uniquement des cas répertoriés par la police qui se révèle tout aussi désorganisée et incompétente en la matière que les dirigeants politiques et ne se contente que de quelques actions disparates. Au cours de l'une de leurs opérations, à Pétion-Ville, ils mettaient la main au collet de 7 présumés zenglendos et retrouvaient également, au repaire de ces derniers, des objets, parmi lesquels, une valise contenant une somme de 103.925 gourdes, appartenant au commerçant Yvon Charles et à son épouse Magalie Gédéon, assassinés le 2 septembre dernier. Ils démantelaient également un autre gang formé de Ulysse Pouchon, Dorsainvil Gâchelin, Cadet Mackenson, Pimosquin Emmanuel et Pierre Jean-Louis. Ces bandits, apprend-on, étaient en possession de tout un arsenal.
Jusqu'à quand les autorités du pays comptent-elles laisser la population sans défense et à la merci du banditisme le plus sauvage sans prendre des mesures réelles pour lui assurer un minimum de sécurité? On apprend entre-temps qu'un rapport dressé par la commission Justice, Police et Sécurité du Sénat et lu par le sénateur Dany Toussaint, président de la Commission en question, a dénoncé la collusion entre certains policiers et des gangs de bandits. Le rapport ne va pas assez loin et reste assez général, car on ne peut faire usage du terme collusion pour désigner l'action criminelle et déstabilisatrice menée par les assassins-macoutes, anciens militaires et soldats infiltrés au sein même de ce corps policier depuis sa formation. Trois types d'intervention seraient proposées dans ce rapport, pour combattre l'insécurité: le nettoyage au sein de la police, le démantèlement des gangs, la lutte contre les vols de véhicules. Pour le sénateur du Sud-Est, Prince Sonson, le trafic de la drogue ne serait pas un élément à négliger, tandis que son collègue, Lans Clonès, élu dans la Grand'Anse, invoquait l'insécurité politique qui, selon lui, n'aurait rien à voir avec le fonctionnement interne de la PNH.
Cette commission Police, Justice et Sécurité a également convoqué le ministre de la Justice, Camille Leblanc, ainsi que le directeur de la Police Pierre Denizé, qui devront, selon les termes mêmes du sénateur Yvon Neptune, venir s'expliquer sur l'insécurité. Le pays se trouve plongé dans une situation d'urgence extrême. Il est plus que temps de déterminer les responsabilités incombant aux différents acteurs et groupes sociaux et de les assumer, car on ne saurait nier que, parallèlement aux actes de banditisme, assassinats et agressions commis contre la population, il existe un certain cynisme de ceux qui se sentiraient à l'abri. Depuis deux mois cette situation d'insécurité n'a pas connu de trêve et elle ne fait que dégénérer jour après jour. Cet état de choses ne date pas d'aujourd'hui puisque, on s'est toujours contentés de chercher un bouc émissaire, rendant parfois la victime responsable du sort qui lui était fait, dispensant ainsi des autorités, déjà réticentes, à prendre leurs responsabilités. Il faut dire aussi que ladite opposition n'est point concernée. Au contraire, elle se fait un devoir de désigner un responsable pour pouvoir mieux asseoir sa propagande dans sa quête effrénée des leviers du pouvoir. C'est à croire que cette insécurité lui est profitable. Personne, même pas le gouvernement n'ose désigner le «laboratoire» dans la commission de certains crimes politiques servant à alimenter la déstabilisation. À ce stade, où la population est aux abois, les demi-mesures ne suffiront plus pour endiguer cette dégringolade, de même que les déclarations d'intention ne remplaceront pas des gestes concrets de la part des autorités dans leurs secteurs respectifs, à commencer par le ministre de l'Intérieur, celui de la Justice et de la Direction de la PNH.