Haïti Progrès
13 au 19  Septembre   2000


Sanctions: La fin du chantage?

Des organes de presse locaux saisissent au vol les moindres propos désapprobateurs du petit personnel du gouvernement des Etats-Unis ou de l'OEA exprimés à l'égard du gouvernement haïtien pour en faire parole d'évangile. Amplification, distorsion, désinformation, alarmisme, tout est mis à contribution pour semer la confusion dans les esprits et l'instabilité dans le pays, même parmi les petits entrepreneurs qui ont dû rester dans l'expectative.

«Les Etats-Unis et le Canada, deux principaux donateurs d'Haïti, ont affirmé devant le Conseil permanent de l'OEA qu'ils suspendraient leurs contributions à moins que Port-au-Prince corrige les chiffres des élections législatives de mai dernier», lit-on sur le site Internet de Vision 2000 dans un texte intitulé «L'OEA menace de faire perdre à Haïti son aide économique internationale». Alors que le secrétaire général de l'OEA n'a fait que réitérer son appel au dialogue entre les Haïtiens pour une élection présidentielle mieux organisée que les législatives, ils écrivent: «César Gaviria reconnaît également que le climat qui s'installe actuellement en Haïti ne facilite pas la tenue de dialogue entre les différents acteurs de la crise». Quand le Miami Hérald, sous la plume du fameux Don Bohning, se mêle de la partie, on est en droit de se demander si les financements de l'IRI ne sont pas derrière cette vaste campagne de propagande.

L'opposition politique, l'Espace de Concertation et l'OPL en somme, pour se donner contenance, auront exprimé à satiété leur satisfaction face à la «cohérence» et la «fermeté» de l'OEA, et «l'évolution de la position américaine» devant «l'attitude du régime Lavalas». «Pour nous, la réunion de l'OEA hier, les dispositions adoptées, la résolution qu'elle a adoptée ira dans le sens des revendications exprimées par l'opposition depuis après le 21 mai, dans le sens que les élections n'étaient pas bonnes et il faut qu'on les annule», a déclaré Gérard Pierre-Charles.

Celui-ci ne semble pourtant pas tellement écouté de ses patrons, car l'ambassade des Etats-Unis en Haïti a finalement émis le 8 septembre une note rectificative qui se lit comme suit: «Le gouvernement des Etats-Unis n'a aucune intention d'appliquer des sanctions ou d'autres mesures contre Haïti qui pourraient faire du tort ou contribuer aux souffrances du peuple haïtien», a dit la note de l'USIS qui a précisé qu'en allouant 20 millions de dollars aux élections du 21 mai, les Etats-Unis n'avaient pas encore prévu d'allocation de fonds pour celles du 26 novembre prochain.

Déplorant «l'intransigeance» des autorités haïtiennes concernant les élections du 21 mai, le gouvernement des Etats-Unis, après être resté dans l'ambiguïté, a voulu jouer la carte du «coeur» et s'est dit pris dans un «dilemme»: adresser un message politique clair sans équivoque au pouvoir en place et le désir de ne pas aggraver les souffrances du peuple haïtien. Pour cela, il a décidé de canaliser l'aide bilatérale américaine à Haïti à travers les ONG et les institutions privées, (qui est un volet du plan néo-libéral) et de passer au peigne fin l'aide multilatérale au pays.

En outre, le gouvernement canadien a rappelé qu'il n'a pas, lui non plus, l'intention de prendre des sanctions contre Haïti. D'après son ambassadeur Gilles Bernier, le Canada appuie la position officielle de l'OEA dont il est membre. Sur le plan économique, Ottawa compte réévaluer son aide à Haïti pour la concentrer sur l'assistance à la PNH et la réforme judiciaire. La position officielle de l'OEA dont parle M. Bernier a été exprimée le 5 septembre par son secrétaire générale César Gaviria qui a appelé le gouvernement d'Haïti et les partis politiques à s'assurer que la présidentielle de novembre ne soit pas affectée par les mêmes problèmes que les élections du 21 mai. «Aucune solution ne viendra de l'extérieur», a prévenu Gaviria qui a insisté sur le dialogue entre le gouvernement, les partis politiques et la société civile. Pour clore le tout, du côté de l'Europe, une invitation officielle à l'Assemblée générale de l'ACP-UE en octobre prochain à Bruxelles a été adressée au nouveau bureau du Sénat. La boucle paraît bouclée en attendant la prochaine épreuve qui pourrait concerner encore plus directement le peuple haïtien qui devra maintenir sa vigilance face aux mesures sournoises de privatisation des entreprises publiques.

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