Actualité politiqueHaïti Progrès
6 au 12 Septembre 2000
La Présidentielle en perspectiveLe Conseil électoral provisoire (CEP) en accord avec le gouvernement est engagé dans la préparation la présidentielle du 26 novembre, en dépit des contestations de l'opposition interne et des missions de bons offices de l'étranger relatives aux résultats des élections du 21 mai dernier. A ce sujet, le CEP a eu une rencontre le 30 août au Palais national avec le président René Préval pour discuter des questions de calendrier électoral, de budget et de sécurité. Le président du CEP a précisé que la loi électorale, le décret-loi électoral de juillet 1999 amendé, a été déjà acheminé aux Presses nationales pour publication. En ce qui concerne les relations avec des institutions internationales impliquées dans les élections haïtiennes, Ernst Mirville a ajouté: «Pour les rapports du CEP avec la communauté internationale, actuellement on peut parler d'optimisme... Il y a maintenant plus d'optimisme et il existe même certains secteurs qui envisagent de financer certaines opérations à l'occasion des prochaines élections présidentielle et sénatoriales».
Et pour preuve, son collègue le conseiller électoral Carlo Dupiton a indiqué que l'IFES sera responsable de la préparation des appareils de photo, et que le représentant du PNUD travaille chaque jour au CEP comme à l'accoutumée. «Les élections intéressent au premier chef, n'est-ce pas, le national parce que c'est le national qui va choisir son chef, vous comprenez! Naturellement puisque nous vivons, n'est-ce pas, ce qu'on appelle la globalisation politique, donc on a certains rapports avec ces messieurs de l'étranger. ça c'est normal.» C'est sans doute une nouvelle explication de la «mondialisation» que lui aura dictée l'IFES!
L'optimisme semble de toutes façon de mise, paraît-il, car la liste des candidats ne fait que s'allonger entre-temps. En effet, en sus des quatre candidats à la présidence peu ou prou déclarés - Jean-Bertrand Aristide, Bonivert Claude, Evans Nicolas, Marc L. Bazin - est venu s'ajouter un autre, Turneb Delpé du PNDPH. Delpé, qui avait toujours prôné la tenue d'une «conférence nationale» comme solution durable à la crise, a justifié sa candidature en disant que «seul un président de la République a l'autorité pour convoquer la conférence». Il en a profité pour dénoncer l'opposition du Groupe de convergence, dont fait partie son ancien camarade Evans Paul alias K-Plim.
Alors que la liste des candidats à la présidence s'allonge, la communauté internationale, cet euphémisme pour dire le gouvernement des Etats-Unis, fait montre d'une certaine ambivalence dans la «crise» post-électorale haïtienne. Le porte-parole du département d'Etat, Philip Reeker, a déclaré le mercredi 30 août: «C'est notre opinion que le Parlement haïtien a été prématurément installé ce qui met en question la légitimité de la nouvelle législature. Nous continuons de travailler avec l'Organisation des Etats Américains (OEA) et autres en pressurant Haïti pour la porter à résoudre son impasse électorale. Entre-temps nous ne poursuivrons pas des relations de collaboration avec le Parlement haïtien» (Voir page couverture).
De son côté, le coordonnateur spécial du dossier Haïti au département d'Etat a terminé sa visite d'information en Haïti le même jour. Après avoir rencontré le président Préval, l'ancien président Aristide et d'autres leaders politiques, il a dit noter chez tous une volonté de dialogue mais «la notion de ce que ce dialogue renferme est différente» d'un secteur à l'autre. Donald Steinberg soumettra son rapport à la secrétaire d'Etat, Madeleine Albright. Ce «dialogue» avait été antérieurement prôné aussi par le secrétaire général de l'OEA César Gaviria au terme de sa mission de bons offices en Haïti.
Entre-temps, certains secteurs à Washington continuent à faire planer des menaces indéfinies de «sanctions» à l'endroit des dirigeants haïtiens. En fait l'administration Clinton souffle le chaud et le froid: elle envisagerait de demander aux bailleurs de fonds internationaux de suspendre leur aide à Haïti, mais elle précise qu'elle maintiendra sa contribution annuelle de 70 millions de dollars au budget haïtien.
C'est comme pour la question des sanctions claironnées il y a un mois, où l'opposition haïtienne prenait ses désirs pour des réalités. Cette fois, déjà à la veille de la réunion de l'OEA de ce 5 juillet, la station Radio Métropole ne trouvait rien de mieux à citer comme référence qu'un journal de quartier de Floride, le Sun Sentinel annonçant qu'un officiel non nommé du département d'Etat des Etats-Unis disait que des sanctions allaient être prises contre Haïti. Pourtant le leader de l'OPL Gérard Pierre-Charles n'était point si sûr cette fois, qui déclarait: «Monsieur Steinberg a redéfini la position du département d'Etat de son gouvernement par rapport aux élections du 21 mai. Et en même temps monsieur a dit aussi qu'il faut trouver... un dialogue entre les divers acteurs en vue de sortir de cette situation de crise... Il y a d'autres partenaires: OEA, Caricom, Union européenne qui sont disposés à trouver une formule qui puisse nous permettre de dépasser la crise haïtienne.»
Comme toujours l'opposition haïtienne reste accrochée à la communauté internationale pour la secourir. «Haïti plonge, malgré les efforts des Etats-Unis, Haïti peut retomber dans la dictature. De nouvelles élections sont nécessaires», tels sont les surtitre, titre et sous-titre évocateurs d'un éditorial du Newsday (un quotidien de New York) du 26 août 2000! Presqu'à la même date, le candidat deux fois malheureux à la mairie de Port-au-Prince (1995 et 2000), Micha Gaillard du Conacom/Espace de concertation a développé les mêmes idées dans une diatribe intitulée «Vers l'anarcho-macoutisme»: «Le silence s'installe comme à l'époque de Duvalier-père... Les messes basses reviennent car la peur que les propos hostiles au pouvoir en place soient «reportés à Tabarre» et que ceux qui les ont émis en soient victimes» a dit Gaillard, alors que la quasi-totalité de la presse haïtienne mène librement une propagande sans répit et des «intellectuels» signent publiquement des pétitions contre le gouvernement
Heureusement que dans cet océan de désinformation, tout le monde n'est point dupe que le véritable enjeu est ailleurs. Il existe certains îlots d'objectivité relative et de rationalité, comme cet article de Manno Michel sur le réseau Internet intitulé «Les élections du 21 mai 2000» (31-08-00). Il y fait le constat de la faillite de la classe politique minée par les ambitions personnelles et la conduite d'une opposition totalement destructive. «En dépit des déclarations des dirigeants politiques, l'opposition savait qu'elle allait essuyer une cuisante défaite aux mains de Lavalas», a dit Michel. Pour ce dernier, la massive participation des électeurs et la victoire de Lavalas aux élections du 21 mai ont complètement désemparé l'opposition et ses alliés internationaux. Néanmoins il pense que le fait par la direction haïtienne de tenir tête à la communauté internationale implique de lourdes responsabilités. Manquant de marge de manoeuvre, Lavalas devrait selon lui adopter une nouvelle approche: prouver qu'il est crédible, supprimer constitutionnellement l'armée, résoudre le problème de la double nationalité, lutter contre la corruption, l'insécurité et l'impunité, réorienter la diplomatie haïtienne, etc. Bref, démontrer sa vision pour Haïti dans le court et le moyen terme. La récente et subite mesure du gouvernement avec la forte hausse des combustibles - une moyenne de 44 % - et le renvoi en l'occurrence du contrôle des prix des produits de première nécessité à «la conscience des commerçants» par le ministre des Finances Fred Joseph, pourrait indiquer que ce n'est point dans cette voie que s'engage le gouvernement Lavalas, qui donne l'impression de ne point se soucier désormais de son électorat populaire.