Haïti Progrès
6 au 12 Septembre 2000
Brutale hausse du carburant:
aux dépens de qui?On attendait une hausse du carburant en Haïti, mais c'est à une montée en flèche des prix que la population a eu droit. Un communiqué gouvernemental signé des ministres des Finances Fred Joseph, des Affaires sociales et du commerce par intérim, Mathilde Flambert est venu rendre le 1er septembre la hausse des prix du carburant officielle. Les autorités ont justifié leur décision par l'augmentation considérable des coûts des produits pétroliers sur le marché international et la dépréciation de la gourde par rapport au dollar us. En attendant de commenter plus loin cette mesure, voici les changements intervenus à ce sujet avec leurs correspondants actuels en République dominicaine dont, disait récemment le président Préval, devoir tenir compte:
Produits pétroliers
(gallon)anciens
Haïtinouveaux
Haïtinouveaux en
République DominicaineGasoline super 37gdes 56gdes 55gdes Gasoline 33,5gdes 46gdes 46gdes Diesel 22,5gdes 30,5gdes 30gdes Kérosène 17,5gdes 26gdes 27gdes Ces tarifs sont entrés en vigueur le 2 septembre 2000 en Haïti. Se référant à l'article 3 de la loi du 7 février 1995 (Le Moniteur #20 du 9 mars 1995) le gouvernement a annoncé que ces prix fluctueront au gré des changements opérés sur le marché international à hauteur de 5%. A noter que les autorités haïtiennes ont attendu la publication des nouveaux tarifs de l'autre côté de la frontière avant de fixer ici. Le président René Préval avait auparavant suggéré des tarifs communs pour éviter la contrebande de carburant à la frontière. On se rend compte qu'effectivement il n'y a presque pas de différence entre les prix établis, sauf que cette hausse a été moins abrupte en République dominicaine, et que la situation politique y est et surtout y était nettement différente. L'ex-président Leonel Fernandez avait tout intérêt à laisser le fardeau à son successeur Hipolito Mejia. Tandis qu'en Haïti, le gouvernement avait tout le loisir de procéder à des changements graduels.
Après la fixation par les ministères des Finances et du Commerce des prix des produits pétroliers, il revenait à celui des Affaires sociales de fixer les nouveaux tarifs des différents circuits de transport en commun public. La police nationale a déjà, paraît-il, pris des dispositions pour faire appliquer ces dispositions, notamment dans la zone métropolitaine. D'après Jean-Robert Faveur, directeur départemental de l'Ouest de la police, 450 policiers y seront déployés pour réguler la circulation, veiller au respect des nouveaux tarifs et des limites des circuits.
Voici la liste partielle des tarifs qui ont été décidés:
Circuits
(Aire métropolitaine et environs):Prix Port-au-Prince/Carrefour 3 gourdes Port-au-Prince/Carrefour-Feuilles 3 gourdes Port-au-Prince/Delmas 3 gourdes Port-au-Prince/Cité Soleil 3 gourdes Port-au-Prince/Bon Repos 3 gourdes Port-au-Prince/Pétion-Ville 3,50 gourdes Port-au-Prince/Canapé-Vert 3 gourdes Port-au-Prince/Christ-Roi 3 gourdes Port-au-Prince/Nazon 3 gourdes Port-au-Prince/Kenscoff 8 gourdes Port-au-Prince/Jacquet 3 gourdes Port-au-Prince/Croix-des-Bouquets 4 gourdes Port-au-Prince/Léogâne 7 gourdes Pétion-Ville/Kenscoff 7 gourdes Pétion-Ville/Girardo 3 gourdes Pétion-Ville/Mayotte 2,50 gourdes Pétion-Ville/Pernier 3,50 gourdes Pétion-Ville/Centre-Ville 3,50 gourdes en passant par Bourdon
Carrefour Sainte-Claire/Carrefour
Clersine2,50 gourdes Taxi (courses normales) 7 gourdes;
Circuits
et de la capitale vers les villes de province:Prix Port-au-Prince/Gonaïves 40 gourdes P-au-P/Cap haïtien 135 gdes P-au-P/Port-de-Paix 125 gdes P-au-P/Cayes 60 gdes P-au-P/Jérémie 130 gdes P-au-P/St Marc 25 gdes P-au-P/L'Estère 30 gdes P-au-P/Petit Goâve 20 gdes P-au-P/Jacmel 40 gdes P-au-P/Mirebalais 30 gdes P-au-P/Lascahobas 40 gdes P-au-P/Hinche 85 gdes P-au-P/Thiotte 60 gdes P-au-P/Grand Goâve 17 gdes P-au-P/St Louis du Nord 135 gdes P-au-P/Miragoâne 25 gdes P-au-P/L'Asile 70 gdes P-au-P/Anse à Veau 85 gdes P-au-P/Petit Trou de Nippes 110 gdes P-au-P/Belladère 80 gdes Une rencontre avait eu lieu le 31 août au Palais national entre les ministres concernés, des syndicats des chauffeurs et des représentants des consommateurs comme le Kozepèp autour des nouveaux tarifs. Les responsables de la compagnie de transport Service Plus notamment, Prince Simon et Duclos Benissoit s'y étaient opposés au doublement des prix des produits pétroliers, tout en reconnaissant que vu la situation actuelle la hausse s'avérait incontournable. Cette situation était prévisible car à son retour de l'investiture du nouveau président dominicain Hipolito Mejia, le président haïtien René Préval avait annoncé que l'Etat ne pouvait plus subventionner le carburant après plus d'un an d'efforts. Cette déclaration avait créé une certaine panique qui s'est manifestée en termes de stockage de produits pétroliers et de hausse anticipée des produits de consommation courante. Comme Haïti Progrès le demandait dernièrement: Qu'adviendra-t-il encore après cette hausse effective du carburant? Une autre augmentation des prix des produits de première nécessité est-elle à l'ordre du jour? Pour éviter que chacun fasse à sa guise, les autorités ne devraient-t-elles pas fixer également les prix des produits de consommation courante. Mais le ministre des Finances Fred Joseph s'en est lavé rapidement les mains sans aucune considération en déclarant: «C'est vrai qu'il y a une augmentation des prix; nous avons constaté que tout le monde, les commerçants ont augmenté leurs prix; nous ne pouvons pas vous dire que nous nous orientons vers une affaire de fixation des prix, nous ne faisons pas cela! Et nous pensons que c'est la conscience des gens qui doit leur dicter...»
En l'occurrence il faudrait aussi et surtout faire appel à la «conscience» des dirigeants gouvernementaux, particulièrement à celle de Fred Joseph lui-même, qui n'a point l'habitude de se priver.
A coup sûr cette mesure s'avère impopulaire, même s'il s'agit d'une situation qui n'a point été créée exclusivement par le gouvernement. Mais pourquoi celui-ci aura-t-il attendu si longtemps, sans procéder de façon graduelle pour éviter un enchérissement démesuré et immédiat des prix des produits de première nécessité sans commune mesure. Des considérations ponctuelles, les récentes élections par exemple, autorisent-elles le gouvernement Lavalas à pénaliser ainsi ce même peuple qui vient de voter pour lui?
D'autant que cette hausse des carburants intervient à la veille de la rentrée scolaire que le gouvernement lui-même a fixée cette année au 4 septembre. Autant d'incohérences apparentes qui portent le peuple à se demander s'il existe quelqu'un au gouvernement à tenir compte de ses difficultés.
Des syndicats comme la CTH ont demandé au gouvernement de reconsidérer les prix des produits pétroliers à la baisse, tandis celui des chauffeurs de Service Plus, les premiers à protester contre toute éventuelle augmentation exagérée, s'est dit satisfait des tarifs annoncés.
Il va sans dire que le gouvernement a ouvert la porte toute grande à ses critiques habituels, qui ont sauté immédiatement sur l'occasion. De façon fort décousue d'ailleurs. Nul autre pour s'illustrer à ce titre que le porte-parole de l'OPL, Sauveur Pierre Etienne qui s'est écrié: «Dans ce sens nous disons au peuple haïtien qu'au lieu de se coucher pour mourir, de se soulever pour chasser la poignée de ces «chimères» à tout faire qui pensent pouvoir prendre la société en otage.» Il a vite oublié que la 46e législature dominé par son Parti l'OPL n'avait jamais pris de mesures en faveur de ceux qu'il prétend défendre aujourd'hui.