Haïti Progrès
30  Août   au  5 Septembre   2000


Investiture de la 47e législature:
Nouveau pas vers la présidentielle?

La 47e législature issue des élections du 21 mai et du 9 juillet 2000 est entrée finalement en fonction le lundi 28 août, malgré les contestations de l'opposition et d'un secteur de la communauté internationale. La cérémonie d'investiture a réuni les nouveaux élus au grand complet, les 82 députés et les 19 sénateurs. A propos du député Gabriel Ducatel élu sous la bannière de l'Escanp/Korega, l'ancien député anti-néolibéral Joseph Jasmin a prétendu qu'il ne représentait que lui-même. Mieux encore le Bureau provisoire de la chambre des députés a été présidé par le doyen d'âge Sainvoyis Pascal, ancien député duvaliériste élu aujourd'hui sous la bannière du Mochrenah. Pascal «ne se sentait donc plus de joie» comme le corbeau de la fable et s'élança dans une tirade: «Ce qui est arrivé là, vous voyez vraiment que la démocratie est une chose sérieuse. C'est le piment de la démocratie que vous voyez là et tous ceux qui sont là sont des gens élus par le peuple. C'est le peuple qui sait ce qu'il doit dire avec le Mochrenah, car c'est le peuple qui m'a emmené ici, c'est pour le peuple que je suis venu.»

Après l'appel nominal, la formation des bureaux provisoires des deux chambres, la séance de validation des pouvoirs, la prestation de serment, la formation des commissions, on est passé à la formation des bureaux définitifs. Allant plus vite en besogne que les députés, les sénateurs en ont formé le leur ainsi composé: Yvon Neptune, président; Wesner Emmanuel, vice-président; Louis Gérald Gilles, premier secrétaire; Rodolphe Joazile, deuxième secrétaire et Yousseline Belle, questeur. Dans son allocution, Neptune a invité l'opposition au respect de la volonté populaire, au dialogue. «Nous ne prétendons pas pouvoir résoudre tous les problèmes à nous seuls. Nous aurons besoin de support de ceux qui ont voté pour nous et de ceux qui n'ont pas voté pour nous», a-t-il déclaré. Comme lui, le sénateur indépendant Luc Fleurinor (Nord-Ouest) a rejeté la demande d'annulation des élections faite par l'opposition qui a continué à protester contre l'investiture des parlementaires et réitéré son «option zéro».

Pourtant encore une fois cette opposition vient de montrer qu'elle n'a aucun appui populaire. En effet, elle a reporté sine die la «grande manifestation» qu'elle avait prévu d'effectuer au Cap-Haïtien le lendemain 29 août pour marquer sa contestation de la cérémonie d'investiture.

Son unique espoir reposerait donc sur la «communauté internationale» ou du moins sur le secteur de l'extrême droite aux Etats-Unis qui voudrait utiliser la situation en Haïti à ses propres fins. Par exemple l'un de ses porte-parole, le sénateur républicain Benjamin Gilman a cru bon d'écrire au secrétaire d'Etat Madeleine Albright pour lui proposer des pressions diverses, telles que des sanctions individuelles contre les responsables de fraudes électorales, tout en prônant un dialogue. Ce dialogue déjà prôné par le secrétaire général de l'OEA César Gaviria, le nonce apostolique Luigi Bonani, a pourtant été déjà rejeté par la Convergence démocratique, cette alliance mise sur pied conjoncturellement en dernier ressort par l'opposition. De son côté, Marc L. Bazin, lui, a préféré couper la poire en deux en récusant tout «triomphalisme de Lavalas» et le «jusqu'auboutisme de l'opposition»; il a cependant laissé planer le doute sur son éventuelle candidature à l'élection présidentielle fixée pour le 26 novembre prochain: «Le meilleur moyen pour la classe politique aujourd'hui de servir le processus démocratique, c'est d'engager le dialogue comme un moyen supplémentaire d'aménager l'espace de réflexion, l'espace de construction de la démocratie.»

On pourrait dire que Bazin veille au grain, mais il n'y a pas de doute qu'il est temps en effet de passer à autre chose. Et le sénateur Wesner Emmanuel ne pouvait point s'empêcher de rappeler aux contestataires l'incohérence de leur comportement: «On n'a pas protesté en 1995. Sur 18 sénateurs, 17 étaient de la plate-forme Bò Tab la et le 18e était soutenu par la même plate-forme. On n'avait pas protesté, et ceux-là qui protestent maintenant ce sont ceux-là mêmes qui à cette époque avaient été les bénéficiaires de tout ce qui s'était passé. C'est honteux, c'est immoral, et ce sont ces gens qui prétendent défendre les intérêts de ce peuple. Le peuple les a sanctionnés et je pense que la communauté internationale doit pouvoir le comprendre.»

Sur l'entrefaite est arrivé au pays Donald Steinberg du Département d'Etat, pour s'informer de la situation politique avant même la présentation devant l'Assemblée générale de l'OEA du rapport de la précédente mission de bons offices de César Gaviria.

Entre-temps, le CEP met le cap sur l'élection présidentielle, et l'inventaire des ressources humaines et matérielles disponibles a été réalisée en attendant d'établir un calendrier et de remanier la loi électorale de 1999. «Oui, on a commencé depuis avant-hier, on a discuté n'est-ce pas de ce projet de calendrier et d'ici 5 minutes, on va n'est-ce pas entrer en réunion pour discuter sur un calendrier définitif», a annoncé le conseiller Carlo Dupiton.

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