Haïti Progrès
August 23  -  29,   2000
A travers Haïti


En route vers l'élection présidentielle?

La mission de bons offices entamée le jeudi 17 août en Haïti par une délégation de l'OEA préside par son secrétaire général César Gaviria en personne aura été une déception pour l'opposition. Après trois jours de négociations au cours desquelles elle a rencontré le chef de l'Etat René Préval, le Premier ministre Jacques Edouard Alexis, l'ancien président Jean-Bertrand Aristide, les chefs des partis d'opposition et des représentants de la société civile, la mission n'a trouvé rien de mieux que d'appeler les Haïtiens au dialogue pour trouver une solution à la crise électorale. Alors que n'ayant aucune base populaire dans le pays, l'opposition haïtienne acculée à s'appuyer sur la communauté international avait fondé de grands espoirs sur cette mission de la «dernière chance». Rosny Desroches pour la société civile, Hubert de Ronceray et Gérard Pierre-Charles pour la Convergence démocratique s'attendaient respectivement à un compromis politique et à une décision «en faveur de la démocratie», c'est-à-dire en leur faveur.

Loin de là, car le secrétaire général de l'OEA a semblé changer l'objectif proclamé de la mission qui était d'explorer les moyens de résoudre la «crise» née des élections du 21 mai afin de renforcer la démocratie en Haïti. Et pour comble il en était déjà rendu à l'élection présidentielle: «Nous sommes aussi venus à cause des élections présidentielles parce que nous avons la préoccupation que le même problème puisse se reproduire et ceci nous devons l'éviter... Nous voulons éviter que cela puisse se reproduire pour les prochaines élections présidentielles», a dit Gaviria qui indiquait par là implicitement que les législatives étaient déjà un fait accompli. Enfonçant le clou encore plus loin, César Gaviria a estimé contrairement aux partis d'opposition, que l'ancien président Aristide doit faire partie des négociations inter-haïtiennes. «L'OEA n'est pas venue pour chercher des réponses, elle est simplement consciente qu'il n'y a pas d'autre manière de retrouver une solution. C'est vrai que l'opposition manifeste une certaine méfiance, une certaine crainte mais que ce soit aujourd'hui, que ce soit dans un an il n'y a pas d'autre manière de sortir dans la crise que d'établir un dialogue politique qui débouchera sur un accord entre les Haïtiens... Le président Aristide semble disposé au dialogue, et je pense qu'il doit être partie prenante à ce dialogue. Il est le chef de la Fanmi Lavalas. Il ne peut y avoir à ce moment un dialogue entre l'opposition et le gouvernement... Je pense que tout accord politique qui ait un sens doit inclure ce parti». Pour faire bonne mesure ou pour réconforter l'opposition, Gaviria a dit du bout des lèvres que la position antérieure de l'OEA concernant les élections du 21 mai demeure. En fait il s'agit d'une certaine façon d'une leçon faite à Gérard Pierre-Charles, à Evans Paul et aux autres que l'ingérence étrangère pouvait avoir ses limites même si les «intervenants» sollicités pouvaient éprouver de la sympathie pour la position de leurs protégés.

Point n'est besoin de dire l'insatisfaction de l'opposition qui pour son malheur avait affiché une position radicale exigeant l'inconcevable départ du président de la République, la formation d'un gouvernement de «salut public», et d'un nouveau CEP, l'annulation pure et simple des élections du 21 mai et du 9 juillet.

«On n'est pas satisfait parce que le pays est encore dans la crise... Nous disons en tant que démocrate que nous ne pouvons pas refuser le principe du dialogue mais sur quelle base, dans quel contexte. Avec un gouvernement qui publie les résultats des élections frauduleuses dans Le Moniteur», s'est plaint Victor Benoit du Conacom/Espace de concertation/Convergence démocratique. Pour sa part, baissant le ton René Théodore du MRN a estimé au sortir de la rencontre avec la mission de l'OEA que le président devrait se mettre au-dessus de la mêlée pour engager un dialogue sincère.

Cette issue était bien prévisible dès l'arrivée de Gaviria qui avait parlé d'une simple mission d'information, et avec Evans Paul qui avait dénoncé un prétendu «deal» de la délégation de l'OEA avec le régime Lavalas: fermer les yeux sur les élections du 21 mai contre l'appui d'Haïti à la réélection de Gaviria à la tête de l'OEA! D'autant que l'Exécutif haïtien avait manifesté une étonnante fermeté dans sa décision de justifier les décisions du CEP, allant même jusqu'à promulguer les résultats des élections dans le journal officiel Le Moniteur le jour même de l'arrivée de la mission de l'OEA. A son retour de Santo Domingo où il a participé à la cérémonie d'investiture le 16 août du nouveau président dominicain Hypolito Mejia, Préval avait dit non à tout consensus contraire à la Constitution et enjoint le CEP reconduit de mettre le cap sur les élections présidentielles.

A vrai dire la communauté internationale elle-même savait dans son for intérieur qu'elle n'était pas dans son bon droit en réclamant un partage des postes électoraux avec l'opposition à défaut d'avoir pu concocter une majorité parlementaire en faveur de cette dernière. Tant dans le dernier rapport du secrétaire général de l'ONU à l'Assemblée générale que dans une déclaration du Caricom faite à l'AHP, il est dit que l'opposition n'a pas les preuves de ses dénonciations de fraudes systématiques. Comme l'a dit Kelly Bastien de l'Escamp/Korega: «L'autre constat c'est que la communauté internationale voit que la faiblesse réelle et progressive même de l'opposition haïtienne donne une certaine force apparente à Fanmi Lavalas. Tout ceci pose un problème et tout ceci peut-être obligerait cette communauté à trouver une autre forme de solution à la crise.» Et du côté haïtien sur le terrain, l'opposition sera disloquée en un secteur soutenu par les Républicains de Washington, qui continuera à créer l'insécurité, un autre qui cherchera à se caser dans des postes de responsabilité que lui concédera Lavalas, et un autre qui attendra le moment opportun pour prendre la relève de Lavalas.

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