Haïti Progrès
23  au 29  Août  2000


L'OEA a-t-elle tranché la poire?

L'opposition haïtienne n'aurait plus qu'à ressasser sa déception face à la conclusion de la mission de médiation de l'OEA en Haïti, qu'elle avait souhaitée et saluée, mais qui n'a point correspondu à ses désirs de chambardement. Elle a reçu comme une douche froide l'appel au dialogue entre les Haïtiens eux-mêmes préconisé par Gaviria pour une solution à tout ce chassé-croisé depuis le 21 mai.

Les partis d'opposition et leurs alliés de la société civile et du secteur privé ont commencé à réagir aux propos du secrétaire général de l'OEA, César Gaviria dont la position ne les aura point satisfaits. Ils se sont aussitôt mis à brûler ce qu'ils adoraient la veille encore et à dénoncer «l'ambiguïté et le volte-face de l'OEA» dans le dossier haïtien. «S'ils avaient déjà la conviction que ce sont les Haïtiens qui doivent la résoudre, la crise, qu'étaient-ils venus faire?», s'est écrié Evans Paul alias K-Plim de KID/Espace de concertation/Convergence démocratique, qui a accusé Gaviria de vaciller dans ce dossier afin d'obtenir le vote d'Haïti pour un nouveau mandat à la tête de l'OEA. «Il n'y a pas encore la condition pour des négociations, nous sommes plus proches de la logique de la confrontation actuellement, ce sont les gens de Lavalas qui l'ont créé», a-t-il prétendu. A cela le porte-parole de Fanmi Lavalas Yvon Neptune a répondu: «Il y a deux ou trois politiciens qui non seulement menacent Fanmi Lavalas depuis longtemps, mais maintenant ils menacent de renverser le gouvernement et de faire partir le président Préval, dissoudre le CEP, et annuler les élections. Ils veulent créer le chaos, déstabiliser le pays, déstabiliser le gouvernement... Nous avons entendu leurs déclarations planifiant d'aller à travers le pays créer des confrontations et appelant au retour de l'armée putschiste, répressive, briseuse d'os dans le pays. Fanmi Lavalas ne permettra jamais un coup d'Etat contre le peuple haïtien!»

Il y a en effet de quoi s'inquiéter que de voir Evans Paul, qui ne comptait que sur la communauté internationale pour lui remettre le pouvoir, s'en prendre maintenant aussi férocement à César Gaviria! Pourtant au train où allaient les choses, Paul et ses acolytes de l'Espace pressentait bien la décision de l'OEA de mettre le cap vers la présidentielle, et l'Espace avait déjà accusé la communauté internationale de vouloir «laisser de côté la mascarade électorale, du 21 mai pour s'orienter vers l'élection présidentielle déjà programmée par le président Préval et ses représentants au sein de son CEP en faveur de son candidat».

Pour sa part, l'ancien président déserteur du CEP Léon Manus, membre fondateur de l'OPL, est encore sorti de l'ombre pour écrire au président du Sénat Edgard Leblanc (OPL) pour lui demander de ne pas valider les résultats des élections du 21 mai et du 9 juillet. C'est assez présomptueux et déplacé de la part de ce personnage que de vouloir se venger de sa frustration de voir son «coup» raté!

Encore une fois, cela ne semble pas avoir servi à grand-chose, car depuis le passage de César Gaviria et son lâchage à peine voilée de l'opposition, des secteurs autrefois acquis à cette dernière commencent à lui tourner le dos. Le président de la Chambre de commerce du Sud-Est Jacques Kawly, entre autres, a critiqué l'intransigeance des leaders politiques, reconnu la popularité de Fanmi Lavalas et demandé à ceux réclamant l'annulation des élections de faire machine arrière. Marie-Claude Bayard, vice-présidente de l'ADIH a semblé sur la même longueur d'ondes en indiquant les effets néfastes de la crise politique sur l'économie du pays. Pour sa part, la CTH s'est retirée de la plate-forme syndicale et désavoué un de ses secrétaires généraux adjoints qui avait réclamé l'annulation des résultats des élections. Mais le coup le plus dur a été porté par des candidats malheureux aux récentes élections, qui s'étaient présentés sous les bannières de l'OPL, de l'Espace, du CFD, du MRN, du MOP, du Mochrena et un indépendant. Réunis au sein d'un nouveau groupe politique dénommé «Action citoyenne», ils ont admis avoir perdu honnêtement, déclaré insensées les demandes d'annulation du scrutin et les sanctions économiques souhaitées par certains, et offert leur collaboration aux nouveaux élus pour le bien du pays. En outre, ils ont réclamé l'installation de la 47e législature et projeté d'organiser des sit-in pour faire respecter le vote populaire.

Effectivement, des députés élus étaient passés le lundi 21 août s'inscrire au registre de la Chambre basse comme le leur avait requis son secrétaire général Madelain Fils-Aimé, mais il leur manquait l'attestation du CEP. Le président du CEP Ernst Mirville leur a donné rendez-vous le mardi 22 août pour la remise du document. Fort de ce soutien, Yvon Neptune a déclaré les élections du 21 mai «une page tournée» et prôné le dialogue avec qui de droit pour une meilleure préparation de la présidentielle. S'il en est finalement ainsi, on ne peut plus qu'espérer que cette cabale est terminée pour de bon, et que des accords occultes de «partage» ne viendront pas obstruer la voie vers une véritable démocratie participative qui va bien au-delà du rituel électoral obligé.

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