Haïti Progrès
16 au 22 Août 2000
Toto Constant indésirable à New York!Dans un quartier tranquille bordé d'arbres à Laurelton, dans le Queens, à New York, juste en-deçà des limites de Nassau County, où toutes les maisons ont une pelouse, des jardins en fleurs et des garages pour abriter les voitures, Emmanuel «Toto» Constant vit et travaille comme agent immobilier. Le gouvernement haïtien réclame son extradition pour avoir dirigé et participé au massacre de plus de 5 mille personnes pendant le coup d'Etat contre le président Aristide au début des années 1990, et pour sa complicité dans les viols, les tortures et les mutilations de milliers d'autres personnes.
Le gouvernement des Etats-Unis lui a accordé l'asile politique de fait, un havre sûr contre la justice en Haïti. Constant a admis lui-même qu'il était un informateur payé de la CIA durant le coup d'Etat, au salaire de $700 dollars par mois.
Comme les nouvelles de son emploi chez Rigaud Realty se répandaient à travers la communauté de Laurelton, où se trouve la plus grande concentration d'Haïtiens à Queens, cela n'a fait qu'augmenter la colère et l'indignation. Finalement, le samedi 12 août un petit groupe de manifestants s'est réuni, avec la participation du Center for Constitutional Rights, Fanmi Lavalas, Haiti Support Network (HSN), et AFSCME DC 1707, et ils ont marché en direction de la résidence de ce dangereux individu.
Une fois sur place ils ont expliqué aux voisins les crimes dont s'était rendu coupable «Toto» Constant, ainsi que le rôle du Département d'Etat des Etats-Unis qui lui a accordé l'asile. L'un des résidants du quartier a eu en effet ce commentaire: «Je ne le vois pas souvent. Mais ce n'est pas juste qu'on le laisse vivre ici, alors que des jeunes qui ont des problèmes ici sont déportés en Haïti sur le champ.»
Après avoir déposé des tracts dans les boîtes aux lettres et sur les pare-brises des voitures, les manifestants sont retournés au 225th Street pour se diriger vers le siège de Rigaud Realty. Le parcours à pied sur les 3 kilomètres a duré environ une heure, mais à l'arrivée le groupe faisait encore retentir encore plus fortement les cris de: «Assassin, meurtrier, renvoyez «Toto en Haïti - MAINTENANT», Honte, honte, honte à toi Rigaud».
Il s'en suivit un assez long et stimulant meeting avec de nombreux orateurs parlant de la situation en Haïti, des problèmes endurés par les Haïtiens vivant aux Etats-Unis ainsi que des crimes commis par Emmanuel «Toto» Constant. Un passant haïtien, qui s'était arrêté de l'autre côté de la rue, a dit à un journaliste que beaucoup d'Haïtiens soutenaient les protestataires, même s'ils n'avaient pas pu se joindre à eux au cours de cette journée. Un Africain-Américain a déclaré: «Nous devrions oublier le passé, mais...» et d'un même geste il a désigné une photo d'une des victimes de Constant pour dire: «Cet homme est si méchant qu'il mérite d'être jugé. Mumia, que font-ils aux manifestants à Philadelphie!; voilà que cet individu vit dans mon quartier, tout cela c'en est trop!» En effet, voilà qu'un meurtrier comme Toto Constant, qui se vante même de ses crimes «au service de la CIA», déambule librement en pleine ville de New York, alors que des innocents sont condamnés à mort ou tout simplement abattus froidement par la police dans ce pays même qui offre refuge, protection et impunité à Emmanuel «Toto» Constant!
Gregory Dunkel