Actualité politiqueHaïti Progrès
16 au 22 Août 2000
La communauté internationale
empêtrée dans ses contradictionsParce qu'elle ne joue pas franc-jeu dans le dossier électoral haïtien, la communauté internationale finira par en sortir couverte de ridicule. Ne pouvant, avouer ses objectifs réels de concocter une majorité parlementaire en faveur d'une opposition minoritaire, elle s'est rabattue sur de prétendus mauvais calculs concernant les résultats des sénatoriales. Cette hypocrisie s'est traduite en termes de contradictions relevées dans le dernier rapport du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan adressé à l'Assemblée général de l'ONU. Dans la partie intitulée «Situation politique et élections», il est dit que: «Le processus électoral, qui s'est déroulé dans un climat de violence, d'intimidation et d'imprévisibilité, n'a malheureusement pas atteint l'objectif souhaité.» Quel était donc cet objectif «souhaité»?
Plus loin, le rapport a admis que «les élections du 21 mai 2000 se sont étonnamment bien déroulées, avec plus de 50% de la population à participer au scrutin... avec peu de violence et une présence visible et disciplinée de la police dans tout le pays». Qu'est-ce qui peut donc justifier la levée de boucliers «internationale» contre les résultats du scrutin, d'autant que «l'évaluation initiale de la Mission d'observation électorale n'a pas permis d'étayer les accusations de l'opposition concernant une fraude systématique». A ce sujet, les partis d'opposition «n'ont fourni guère de preuves concrètes». Tout en parlant d'«incidents isolés qui n'affectaient pas la crédibilité générale des élections», le rédacteur du rapport prétend que «des doutes planeront sur la crédibilité du nouveau gouvernement et du Parlement» qui résulteront de ces élections.
Ce rapport truffé de contradictions laisse une nette impression d'anachronisme voulu ou pas. Cependant, pour le besoin d'une cause inavouable, il anime la désinformation la plus grossière, comme celle d'insinuer que le meurtre de Jean Dominique aurait été le fait du pouvoir en place lié au secteur populaire. «Ce meurtre a été considéré comme un avertissement lancé à tous les journalistes haïtiens, notamment ceux identifiés avec l'opposition», disent effrontément les rédacteurs du rapport qui ne peuvent ignorer les dossiers brûlants agités par le journaliste assassiné, nuisibles à l'oligarchie et à d'autres agents redevables aux secteurs extrémistes de cette même communauté internationale. Incidemment, elle fait montre qu'elle en connaît beaucoup sur ce meurtre!
Sur l'entrefaite, le secrétaire général de l'OEA César Gaviria arrivait le jeudi 7 août à la tête d'une mission de bons offices visant à résoudre rapidement la crise artificielle née des élections et pour «renforcer la démocratie naissante». Il était accompagné de son adjoint, des représentants de l'Argentine, du Chili, du Venezuela auprès de l'OEA, et du secrétaire adjoint aux Relations extérieures du Caricom. Parlant au nom de cette dernière à une rencontre de l'OEA l'ambassadeur jamaïcain Richard Bernal a indiqué que la «légitimité du parlement haïtien est par conséquent de première importance pour le Caricom» puisqu'il est appelé à ratifier l'entrée définitive d'Haïti dans la communauté caribéenne. Une déclaration qui ne nie point la représentativité de la nouvelle législature haïtienne. Il appartiendra au peuple haïtien lui-même de juger et de veiller si ses élus prennent effectivement en compte ses intérêts.