Haïti Progrès
9  au 15  Août  2000


Une «Opposition»
sans soutien et sans repères

Ne pouvant compter sur aucun soutien populaire, l'opposition haïtienne s'en est remise aux menaces de sanctions économiques brandies par la communauté internationale. Un moment exaltée, elle devient de plus en plus anxieuse face aux «hésitations» de la communauté internationale.

Haïti n'a pas les moyens pour défier la communauté internationale dans le contexte de la mondialisation, ont estimé deux dirigeants de l'Espace de concertation, Serge Gilles et Micha Gaillard, qui n'ont plus aucune gêne à s'en remettre à de potentielles sanctions pour parvenir à leurs fins, quel qu'en soit le prix à payer par la population. Le Konakom de Victor Benoît et de Micha Gaillard, au mépris de la plus élémentaire décence, compte même sur le soutien du président dominicain récemment élu, Hipolito Mejia, dont le Parti, le PRD, est aussi membre de l'International socialiste (IS) pour obtenir l'annulation des élections du 21 mai, le départ du président Préval et la nomination d'un gouvernement provisoire! Tant qu'à y être pourquoi ne demanderaient-ils pas au président Mejia d'en faire sa priorité de toutes leurs incongruités?

Mais ce n'est pas tout, car la déstabilisation n'abandonne point ses armes habituelles. Après l'attentat à la grenade contre la résidence privée de l'ambassadeur du Canada, dans la nuit du 7 août un employé de la Mission des Nations unies en Haïti (MICAH), Garfield Lyle a reçu une balle à la tête tirée par des bandits sur la route de l'aéroport. Si l'on applique à ces deux événements le traditionnel «à qui profite le crime?», on se rendra vite à l'évidence qu'ils portent tous le sceau habituel.

Mais l'OPL, ce Parti qui est à l'origine de cette crise qui se prolonge sous différentes formes depuis près de deux années, se retrouve particulièrement en piteux état. Après avoir perdu toutes ses plumes, après être arrivé à envoyer un de ses émissaires, l'ex-sénateur OPL Yrvelt Chéry courtiser l'ultra-réactionnaire sénateur raciste républicain Jesse Helms, son coordonnateur, l'ex-dirigeant «communiste» Gérard Pierre-Charles, cet «apôtre» de la non-intervention dans les affaires internes d'un pays, n'a plus aucun complexe à chercher un ultime recours pour ses déboires auprès de la communauté internationale. Et pour ce faire, ses gros «canons» sont à l'oeuvre. «Haïti retour de la peur», c'est le titre d'un article paru dans le quotidien français Le Monde du 4 août sous la plume de l'ancien ministre de la Culture Raoul Peck (1995-1997) sous l'égide de l'OPL. «Et puis la peur, qui est de retour, sous toutes ses formes. L'auto-censure, la lâcheté, la corruption. Des journalistes qui n'écrivent plus ce qu'ils pensent ou ont recours à des tactiques qu'ils utilisaient sous la dictature, d'autres qui dans un mélange de peur et de misère me disent préférer se taire», écrit Peck dans son texte où il déclare aussi, péremptoirement, que le Japon a suspendu son aide à Haïti. Ce qu'a démenti, comme on le sait, un communiqué de l'ambassade du Japon en Haïti.

Incidemment, l'ancien ministre n'a toujours pas encore fourni des explications satisfaisantes sur l'utilisation des fonds destinés au méga-concert du groupe les Fugees à Port-au-Prince en 1997. Un concert qui avait été organisé pour venir en aide aux malheureux déportés de la République dominicaine! Même si Peck n'est point impliqué, en tant que responsable il ne devrait pas perdre de vue que ce scandale a été sa principale et unique «réalisation» pendant ses deux années passées dans ce ministère.

Pour sa part, Fanmi Lavalas semble se tourner vers un «gouvernement d'ouverture» pour intégrer cette opposition boudée en principe par le peuple. C'est ce qui ressort d'une déclaration faite par le père Edner Devalsaint, un des membres influents de ce Parti, selon qui son parti entend diriger le pays, «pas seulement avec des gens de Fanmi Lavalas mais aussi avec tous les gens de bonne volonté quelle que soit leur appartenance, leur idéologie politique. Chacun peut dire quelque chose de bon pour son pays, il n'y a pas de personne négative au superlatif, chacun peut avoir en elle quelque chose pouvant être profitable à tous». Des contacts auraient été déjà faits en ce sens avec des cadres de l'opposition. Serait-ce là une conséquence des menaces de sanctions malgré la fermeté affichée par le gouvernement?

Déjà le néo-duvaliériste de l'Alah/MPSN, Reynold Georges fait le gros dos. «Les postes de sénateur ne se négocient pas, on doit y être élu; les postes de député ne se négocient pas, on doit y être élu. On peut négocier par exemple les postes ministériels, et ce n'est pas au sein de n'importe quel gouvernement. Si c'est un gouvernement terroriste, nous ne pouvons pas intégrer un gouvernement terroriste, on deviendrait par voie de conséquence un terroriste», a-t-il dit, ajoutant qu'il est prêt néanmoins à dialoguer avec la mission de l'OEA en Haïti.

Dans ce tohu-bohu le dernier mot reste et demeure au peuple haïtien. Le Rasanbleman Pèp Ayisyen (RPA) a précisément dénoncé dans une conférence de presse l'hypocrisie de la communauté internationale qui protège les assassins du coup d'Etat tout en jouant aujourd'hui dans la crise électorale artificielle au grand défenseur des moindres principes démocratiques. Le peuple haïtien a besoin d'une opposition réellement haïtienne pour poser les vrais problèmes du pays, a déclaré le porte-parole du RPA, Rock Paul.

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