Haïti Progrès
 2  au 8  Août  2000
Actualité politique


Nouvelles manoeuvres de déstabilisation

La campagne de déstabilisation entamée bien avant l'organisation des élections législatives devrait normalement se poursuivre voire se renforcer au lendemain de ces joutes dont les résultats n'ont pas coïncidé avec ceux planifiés par la communauté internationale dans le cadre du coup d'État électoral avorté du 19 mars 2000. Parallèlement aux menaces de sanctions économiques internationales seront à coup sûr intensifiées les manoeuvres déstabilisatrices internes. En effet, des individus ont lancé dans la nuit du jeudi 26 juillet une grenade sur la cour de la résidence privée de l'ambassadeur du Canada en Haïti située à Pétion-Ville, faisant des dégâts matériels légers. L'ambassadeur Gilles Bernier et son épouse se trouvaient alors au Canada. Une autre grenade à fragmentation a été retrouvée le même jour dans la cour de l'édifice de l'ancienne Mission civile de l'ONU en Haïti à Delmas. Des agents de l'unité spéciale du GISPN l'ont fait exploser avant de rouvrir la circulation automobile dans la zone.

Naturellement ces attentats n'ont pas été revendiqués ni aucun suspect n'a encore été identifié. Cela survient à un moment ou la «communauté internationale» menace le gouvernement haïtien de couper l'aide financière à cause de la méthode de calcul de pourcentage utilisée pour les sénatoriales. Il s'agit sans aucun doute d'un acte de provocation cousu de fil blanc et les intéressés pensent ainsi raviver la tension entre les autorités haïtiennes et la communauté internationale.

Comme l'a annoncé le Premier ministre Alexis les dispositifs de sécurité ont été renforcés autour de l'ambassade du Canada, des autres ambassades et résidences privées de chefs de mission accrédités en Haïti. Alexis a, comme il se doit, condamné l'acte et naturellement annoncé qu'une enquête était en cours afin de retrouver ses auteurs. Selon les premières informations recueillies, l'engin avait été lancé par des individus se trouvant à bord d'un véhicule, a indiqué le porte-parole de la PNH, Jean Dady Siméon. L'ambassade du Canada en Haïti a déclaré que cet acte isolé n'aura pas de répercussion sur l'état des relations entre les deux pays, et a annoncé son intention de participer à l'enquête policière qui, on l'espère, sera menée à terme pour une fois.

Dans le cadre de ces attaques contre le pouvoir en place, l'ancien président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Haïti, Olivier Nadal a, dans son exil volontaire aux Etats-Unis, obtenu une interview du journal Los Angeles Times dans laquelle il a accusé l'ancien président Aristide de vouloir instaurer en Haïti un régime totalitaire. Pour lui, la politique des Etats-Unis en Haïti s'est soldée par un échec alors que l'administration persiste à en faire une victoire de politique étrangère. Sur le terrain, l'opposition réunie au sein du Groupe de convergence se mobilise par de petites manifestations ici et là en province pour réclamer le départ de Préval. De Chavannes Jean-Baptiste du MPP à Ernst Colon du Mochrenah en passant par Hubert Deronceray du MDN et Sauveur Pierre Etienne de l'OPL, tous ont sauté sur l'occasion pour critiquer le président Préval appelant le peuple haïtien à se serrer la ceinture dans la perspective des sanctions économiques internationales.

L'OPL de Gérard Pierre-Charles demeure «optimiste» quant aux résultats de cette «mobilisation». D'après son coordonnateur, Gérard Pierre-Charles lui-même, le principal artisan de cette crise qui s'est envenimée depuis 1997, «une telle mobilisation va affermir les relations de pouvoir qui se manifestent à partir de la capacité de l'opposition de mobiliser le peuple, capacité qu'on sentait déjà avec les élections du 21 mai... à la base du coup d'Etat entrepris par le pouvoir Lavalas pour éviter la victoire de l'opposition». L'OPL a poussé l'audace jusqu'à faire des propositions pour «une sorte de crise» comprenant entre autres: la nomination d'un Premier ministre de consensus entre les partis d'opposition et la «société civile», la formation d'un Conseil d'Etat, d'un nouveau CEP acquis à sa cause comme en 1995 et la nomination d'une nouvelle direction à la PNH. Pour parvenir à ces fins, il va sans dire que tous les moyens seront utilisés, y compris les mises en scène. Malheureusement l'OPL est très mal placée pour assumer un leadership quelconque, car c'est sans aucun doute le Parti le plus discrédité à l'heure actuelle, et ce n'est pas en ruant dans les brancards et en s'enfonçant encore plus profondément aux côtés des néo-duvaliéristes et en flirtant avec l'extrême droite des Etats-Unis qu'il parviendra à (re)dorer son blason. Il est dommage qu'à défaut d'avoir mené une action politique conséquente sur le terrain, ces «intellectuels» en viennent à souhaiter, sinon à réclamer des sanctions contre leur propre pays déjà exsangue, comme unique moyen de conquérir à tout prix le pouvoir!

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