Haïti Progrès
2 au 8 Août 2000
Jusqu'où iront les pressions
internationales?Les autorités haïtiennes ont renouvelé leur ferme volonté à respecter le choix populaire exprimé lors des élections législatives, communales et locales, en dépit des menaces verbales de sanctions économiques que fait peser sur le pays la «communauté internationale». Cette dernière a en effet persisté dans ses exigences de renvoyer en ballottage une dizaine de candidats au Sénat de Fanmi Lavalas élus dès le premier tour, sur la base de la contestation du mode de calcul des pourcentages utilisé par le CEP. Lors d'une rencontre tenue le 28 juillet au Palais national avec les élus des collectivités territoriales, le président de la République René Préval a déclaré: «Nous allons nous serrer la ceinture pour continuer à construire notre pays qui n'a point à rester en laisse. Ils avaient pris plus de 20 ans pour reconnaître notre indépendance, ils prendront le temps qu'ils veulent pour reconnaître la victoire du 21 mai.» Une fermeté tout à fait louable d'autant plus qu'elle est inhabituelle. Il est vrai que certains auraient dû depuis longtemps penser, sinon à se serrer la ceinture, du moins à fermer leurs goussets. Quant à la majorité de la population, il y a belle lurette que c'est chose faite!
Dans la même veine, le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis a indiqué que le peuple haïtien comprendra la nécessité de tels sacrifices, et a annoncé que son gouvernement continuera à financer des projets de développement à partir du Trésor public. Rejetant les diktats inacceptables de la communauté internationale, Alexis a rappelé qu'Haïti n'avait pas attendu les mots d'ordre des étrangers pour briser les chaînes de l'esclavage. Un discours héroïque qu'Alexis tiendra sans doute aussi bien pour refuser les privatisations des entreprises publiques.
En ce qui concerne l'attaque simulée à la grenade contre la résidence de l'ambassadeur du Canada en Haïti, le Premier ministre y a vu une action de ceux opposés à toute normalisation dans le pays. De son côté, Fanmi Lavalas, qui serait la victime potentielle de ces provocations, a appelé la «communauté internationale» à une meilleure compréhension de la réalité politique haïtienne. «Haïti ne mérite pas les punitions qu'on veut lui infliger», a dit son porte-parole Yvon Neptune qui prône le dialogue entre les acteurs politiques haïtiens et les partenaires étrangers afin de trouver une solution à cette crise électorale.
Entre-temps, la communauté internationale multiplie rencontres et déclarations. Le représentant du secrétaire général de l'ONU en Haïti, Alfredo Lopez Cabral, a indiqué que le monde international reste engagé en faveur du développement économique d'Haïti mais que ce développement est en définitive fonction de la stabilité politique et du respect par le gouvernement haïtien d'un processus libre, démocratique et crédible. Au contraire la stabilité politique qu'on dit souhaiter dépend de l'état de l'économie. L'Union européenne, dont la France assure actuellement la présidence, et qui semble avoir été supplantée en ces circonstances, a proposé le 25 juillet à ses Etats membres d'engager la procédure de suspension de sa coopération avec Haïti, conformément à l'article 366 bis de la Convention de Lomé. Le gouvernement d'Haïti a estimé devant l'UE que les décisions du CEP ne sont pas les siennes, vu qu'il s'agit d'une institution dont «l'indépendance est garantie par la Constitution».
Pour sa part, l'extrême-droite aux Etats-Unis et ses protégés haïtiens ont accusé l'Administration Clinton de ménager Haïti par tous les moyens parce qu'elle considère son dossier comme une réussite de politique étrangère. C'est dans ce contexte que l'expert indépendant des Nations unies pour les droits humains en Haïti Adama Dieng est arrivé à Port-au-Prince le 30 juillet. Il devra présenter un nouveau rapport à ce sujet lors de la prochaine session de l'Assemblée générale!
En Haïti, des organisations populaires réunies au sein d'une plate-forme nationale, ont adressé une lettre au secrétaire général de l'ONU Kofi Annan pour désapprouver la position de la communauté internationale dans le dossier haïtien. «Nous demandons à la communauté internationale de faire les choses dans l'ordre et la discipline, car nous remarquons que chaque fois que nous choisissons nos propres dirigeants, nous prenons notre destin en main, les grandes puissances impérialistes complotent toujours pour faire des coups d'Etat afin de régler leurs affaires personnelles», dit en substance la lettre. En effet il s'agirait en l'occurrence en grande partie aussi de divergences entre différents acteurs de la communauté internationale.