Haïti Progrès
2 au 8 Août 2000
Les assassins de Patrick
Dorismond innocentésNew York.- Le procureur de district cherche l'impunité pour l'assassin de Dorismond. Outragés, la communauté haïtienne et les parents protestent et planifient d'autres actions
Selon le maire de New York Rudolph Giuliani, le procureur du district de Manhattan Robert Morgenthau, et le New York Police Department, Patrick Dorismond devrait être blâmé pour sa propre mort.
Dans une déclaration qui a indigné la famille de Dorismond ainsi que la communauté haïtienne, Morgenthau a annoncé le 27 juillet, dans un rapport de 4 pages, qu'une chambre d'accusation sous sa direction a exonéré le détective Anthony Vasquez de toute «responsabilité criminelle» après qu'il eut donné la mort à un Dorismond désarmé. Cela se passait à la 8th Avenue, à Manhattan, le 16 mars.
«Je pense qu'il est clair dans le rapport, et le rapport dit tout à fait clairement, que l'agresseur était M. Dorismond», a proféré Giuliani.
Une fois encore, l'administration communale, les tribunaux, et les policiers se sont ligués pour aider un autre policier à se tirer à bon compte d'une accusation de meurtre. Dorismond a été le 4e homme noir désarmé à être abattu par la police de New York au cours des treize derniers mois. Dans toutes ces affaires, la police a été acquittée grâce à des jugements truqués. On a vu les accusations contre les policiers écartées par des chambres d'accusation partiales.
L'absolution de Morgenthau va à l'encontre du témoignage de Kevin Kaiser, un ami qui était aux côtés de Dorismond la nuit du 16 mars. Il était le principal témoin de la rencontre fatale avec la police.
Au cours d'une conférence de presse donnée juste après le meurtre, Kaiser avait rapporté que le premier coup sur Dorismond avait été porté par le détective Anderson Moran. Alors que Dorismond gisait baignant dans son sang avec une balle au coeur, l'un des policiers avait crié «menottez cette crapule».
Selon le rapport de Morgenthau «un témoin aurait rapporté qu'il avait vu qu'on frappait Dorismond à plusieurs reprises avec l'arme d'un policier. Ce même témoin affirme avoir vu le policier tirer sur Dorismond, alors que ce dernier lui faisait directement face, à une distance d'à peu près 12 à 20 pouces», Morgenthau a mis de côté un tel témoignage en raison de ce qu'il a appelé des «tests balistiques et criminels» qui ont établi que le coup de feu était parti automatiquement «en contact avec les vêtements de Dorismond». La version officielle prétend que la décharge avait été accidentelle pendant que Dorismond et Vasquez se disputaient l'arme de Vasquez.
La famille Dorismond, les activistes de la communauté haïtienne et les critiques de la brutalité policière disent que la vraie version des événements pourrait être établie en écoutant l'enregistrement où Giuliani faisait un esclandre dans les jours suivant le meurtre. Le détective Moran devait porter un microphone alors que son équipe spéciale se rendait à la 8th Avenue. Cependant, il n'y avait que silence concernant ce présumé enregistrement, depuis la vantardise de Giuliani. La chambre d'accusation est-elle au courant de l'existence de ce document? Pourquoi son contenu n'a-t-il pas été révélé?
En réponse à cette dernière parodie de justice, le samedi 29 juillet, environ 150 Haïtiens accompagnés des personnes qui manifestaient contre les brutalités policières ont défilé devant la résidence de Dorismond à Parkside Avenue en direction du quartier de East Flatbush à Brooklyn où se trouve la Holy Cross Church sur Church Avenue, à l'endroit même où la police avait réprimé les participants aux funérailles de Patrick le 25 mars. 27 manifestants avaient été arrêtés ce jour-là et beaucoup sont encore poursuivis par les mêmes tribunaux qui ont exonéré Vasquez.