Haïti Progrès
 26 Juillet  au 1 Août  2000


Le gouvernement haïtien
face aux pressions

Surenchère de déclarations concernant d'éventuelles sanctions économiques contre la République d'Haïti et son gouvernement sous prétexte que les élections seraient entachées de fraudes. Pourtant la communauté internationale dans son ensemble, à la suite de la Mission d'observation de l'OEA, avait salué au lendemain du 21 mai le caractère honnête des élections qui venaient de se dérouler. Peu de temps après, il a suffi que le CEP annonce la victoire aux sénatoriales de Fanmi Lavalas à l'exception d'un siège pour que l'organisme régional s'arroge le droit de contester d'abord la méthode de décompte des votes pour qu'ensuite cette même communauté internationale s'avise de vouloir discréditer tout le processus. En fait le Département d'Etat des Etats-Unis, dont l'OEA suit les directives, avait et a peu d'arguments sinon aucun pour contester les élections, sauf des objectifs autres comme nous l'indique le document du Council on Hemispheric Affairs que nous publions dans les pages suivantes. En Haïti même, la dite Opposition, après avoir crié aux fraudes à l'inverse de l'OEA au début, a cru trouver un second souffle dans ses récriminations en sautant sur l'occasion que lui offrait le volte-face de l'OEA. Cependant, comme on a pu le voir au cours des dernières semaines, les revendications de cette opposition rassemblée dans un Groupe de convergence n'ont fait qu'étaler davantage son impopularité et conséquemment son absence de crédibilité au sein de la population. Ses tentatives de mobilisation se sont soldées par des échecs consécutifs, n'arrivant qu'à rassembler à chaque fois que deux cents à trois cents personnes. Une situation qui ne fait que confirmer l'outrecuidance de ses prétentions.

En fait elle n'a qu'un recours pour revendiquer des sièges électoraux qu'elle n'a pas pu conquérir démocratiquement aux urnes: c'est la communauté internationale! Et c'est celle-ci qui s'applique avec des menaces de sanctions à tenter de faire plier le gouvernement haïtien. Mais son argumentation est très faible, et le ministre des Affaires étrangères haïtien Fritz Longchamp n'avait pas trop de mal à la disqualifier dans sa présentation au siège de l'OEA à Washington le 13 juillet dernier. Notons certains passages de son intervention où, tout en montrant les contradictions contenues dans les déclarations successives de l'ex-président du CEP Léon Manus et du chef de la Mission d'observation de l'OEA Orlando Marville, Longchamp s'appliquait à démontrer l'injustifiabilité d'éventuelles sanctions: «...Il en fut d'autant plus ainsi qu'une suite ininterrompue de conditionnalités empêcha l'arrivée de ressources suffisantes de la communauté internationale en même temps que, paradoxalement, cette dernière mettait l'accent sur la nécessité de l'existence de conditions propices aux élections... En effet, en dépit de la précarité de ses moyens, le Gouvernement a investi plusieurs centaines de millions de gourdes dans le processus électoral et en a assuré la sécurité dans tous ses aspects... Nulle part n'est-il écrit que cette Mission est habilitée à imposer ses observations et recommandations au Conseil électoral provisoire. Au contraire il y est stipulé que: «La Mission suivra également les développements affectant le processus électoral. En consultation avec le Conseil électoral provisoire, la Mission peut recommander et promouvoir des mesures dans le but de contribuer au déroulement de ce processus.

S'il s'agit maintenant d'imposer, c'est toujours possible, mais dans le cadre d'un rapport de forces. Mais s'il s'agit de respect des normes établies, d'activités visant à la consolidation irréversible de la démocratie en Haïti, je ne vois pas en quoi la responsabilité des décisions autonomes d'un organe indépendant de l'Etat haïtien (le CEP) peut être imputée au gouvernement».

Encore ce mardi 25 juillet, la Commission européenne, dont la France assume la présidence actuellement, a cru découvrir dans une clause de la Convention de Lomé une autorisation à imposer des sanctions «si un gouvernement est considéré avoir violé les droits humains ou des principes démocratiques». Faudrait-il bien que la France commence à appliquer ces beaux principes à certains satrapes africains qu'elle maintient au pouvoir à bout de bras!

Pour revenir à Haïti: où les droits humains et les principes démocratiques ont-ils été violés dans le cas qui nous occupe? Face à l'argumentation tout à fait déficiente et incohérente de la communauté internationale, la réponse du gouvernement haïtien ne peut être de pure forme, elle doit s'exprimer plus fortement au plan diplomatique.

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