Haïti Progrès
 26 Juillet  au 1 Août  2000


L'opposition en perte de vitesse!

L'opposition haïtienne cherche difficilement à prouver à la «communauté internationale» qu'elle n'est pas si impopulaire comme l'ont révélé les résultats des dernières élections. C'est ainsi qu'une vingtaine de «Partis» politiques réunis au sein du Groupe de convergence organisent à travers le pays des rassemblements pour réclamer impudemment l'annulation des élections, le départ du président René Préval et du CEP, et l'installation d'un gouvernement de salut public. Après l'échec de Petit-Goâve, c'est aux Gonaïves qu'à l'initiative du Mochrena ils ont réuni environ 300 personnes. Le pasteur Luc Mésadieu entouré des pasteurs Eddy François, Sylvio Dieudonné et de son porte-parole Ernst Colon, a dressé bien entendu au cours du meeting un bilan négatif du régime lavalas. «Notre pays vit aujourd'hui une période très triste de son existence. Les dirigeants choisissent en pleine conscience de pratiquer le mensonge, de violer tous les droits du peuple même son droit de choisir ses représentants», a dit Mésadieu devant une petite foule incapable d'assurer la victoire d'un candidat au Casec. Une foule censée réunir pourtant les partisans de la vingtaine de partis de l'opposition dans le Haut-Artibonite. Le reste de l'opposition avait appuyé ce rassemblement dont l'un des objectifs sous-jacents était de lancer la campagne électorale a' la présidence du pasteur Mésadieu qui se dit un envoyé de Dieu. La veille de cette manifestation, le secrétaire du BED de l'Artibonite, Carl Henry Emilcar, a été victime d'un attentat qui a failli lui coûter la vie. Il semble avoir été abattu lors d'une discussion au cours de laquelle il défendait les résultats des récentes élections. On se rappelle que la veille du rassemblement à Petit-Goâve deux militants de Fanmi Lavalas avaient été blessés par balles.

Si le rassemblement des Gonaïves s'est passé sans incident, il en fut autrement pour celui à Léogâne pour le 21 juillet. Des gens armés auraient dispersé une poignée de participants éventuels. Les représentants de l'opposition à Léogâne ne semblent pas partager les tapages qu'elle fait ces jours-ci dans certaines villes de province. Le coordonnateur de l'Espace à Léogâne, qui a été élu aux dernières élections a démenti les accusations de fraudes électorales. «Nous ne sommes pas pour les contestations, parce que nous voulons travailler de concert avec le peuple qui nous a mandaté... Oui, c'est parce qu'ils n'ont pas travaillé, comment se fait-il que nous soyons les seuls à réussir à Léogâne?», a demandé Romélus François. En attendant d'autres rassemblements sont prévus dans d'autres régions du pays, dont un aux Cayes, dans le Sud.

C'est ce moment précis qu'ont choisi certains leaders religieux pour se manifester. Tel est le cas du vice-président de la Conférence épiscopale, l'évêque de Jacmel Guire Poulard qui a mis en garde contre l'adoption du modèle cubain en Haiti! et invité le gouvernement haïtien à accepter les diktats de la «communauté internationale». Parlant au nom de la Ligue des pasteurs des Cayes, Chavannes Jeune du MEBSH a appelé les Haïtiens à la lutte contre Lavalas. «Nous avons besoin d'un homme, nous avons besoin d'un Jonas pour faire le tour de la ville, le tour du pays pour dire que cela ne peut pas continuer ainsi. C'en est trop, Abraham dit c'est assez», s'est écrié sans crainte du ridicule le co-organisateur, du rassemblement, d'Olivier Nadal, du 28 mai 1999 au kiosque Occide Jeanty au Champ-de-Mars. Les 2 religieux ont ainsi rejoint les déclarations de Reynold Georges du MPSN, de René Théodore du MRN et de Sauveur Pierre Etienne de l'OPL. Ces soutiens à l'opposition ne feront pas oublier que cette dernière est minée par les conflits d'intérêts personnels. «L'OPL est l'un des partis qui ne soient pas encore parvenus à ce stade pour accepter un seul leadership au sein d'un front», a dit Reynold Georges réagissant aux propos de Paul Denis lui demandant de ne plus parler au nom de la Convergence.

N'ayant aucune base populaire, L'opposition haïtienne s'est appuyé nettement sur la «communauté internationale» qui n'a cessé de l'encourager après avoir dans un premier temps critiqué son incapacité sur le terrain. La peur séculaire des masses populaires haïtiennes que ressent cette «communauté internationale» a été exprimée encore une fois le 19 juillet par le représentant du Japon en Haïti, Isanobu Hasama, qui a déclaré: «Ce n'est pas la communauté internationale qui bloque les choses c'est plutôt les mouvements populaires; les choses qui se passent ici bloquent les choses.» Les organisations populaires de leur côté rejettent l'ingérence de la «communauté internationale». Tel est le cas du Mouvman Reveye Militan Bèlè (MORENIB) dont le porte-parole Léopold Théobal a déclaré: «Nous autres nous mourrons debout avec le vote du 21 mai... le vote qui a mis fin aux gouvernements de coalition, de partage, de concorde, aux gouvernements largement larges qui n'ont rien donné comme résultat. Pendant que nous demandons à la communauté internationale d'encourager le pouvoir Lavalas à continuer la démocratie dans la région, de ne pas y dresser des obstacles. Nous lui demandons d'apporter des corrections au sein de l'opposition, au lieu de demander une correction dans le vote.»

Et c'est encore à l'ambassade des Etats-Unis que se réunissaient le samedi 22 juillet les représentants de ce Groupe de convergence pour se plaindre auprès des personnalités diplomatiques, y compris le PLB du sénateur Renaud Bernardin, et où le MPSN de Hubert de Ronceray et de Reynold Georges n'ont pas hésité à réclamer des sanctions, tout en essayant de moduler cette demande incongrue en «souhaitant que celles-ci soient focalisées sur le gouvernement»! On se demande jusqu'où ira cette opposition pour accéder de force à un pouvoir qu'elle n'a pas su conquérir aux urnes? Il est évident que ses échecs successifs lui font voir qu'elle est à bout de ressources et que même ses tuteurs s'en rendent compte.

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