Haïti Progrès
19 au 25  Juillet  2000


Fiasco de l'opposition à Petit-Goâve

250 manifestants, c'est tout ce qu'avaient pu réunir le samedi 15 juillet à Petit-Goâve  la vingtaine de partis réunis dans le dit Groupe de convergence. Pourtant ces individus ne manquaient pas d'ambition pour faire autant d'exigences avec si peu d'appui: «La mobilisation, elle est pour le départ de monsieur Préval, elle est pour la formation d'un gouvernement provisoire, elle est pour la formation d'un nouveau Conseil électoral provisoire et elle est pour l'organisation d'élections générales dans le meilleur des délais à travers tout le pays», a dit Hubert de Ronceray du MDN. Dans des tracts circulant dans cette ville, les organisateurs réclamaient en outre la dissolution de la Police nationale (PNH) et son remplacement par l'ancienne armée.

Dès la veille une vive tension régnait car des partisans de Fanmi Lavalas se trouvant sur la route conduisant à Petit-Goâve avaient été pris comme cibles par les occupants d'une voiture précédant celle du candidat malheureux de l'Espace de concertation aux dernières élections, Jean Limonji. Le véhicule de celui-ci a été incendié, tandis qu'au Morne Tapion toute proche de la ville, la police a dû intervenir pour rouvrir la circulation bloquée par de nombreuses barricades. Durant tous ces troubles, le député élu de Fanmi Lavalas, Dieufort Milord, a tout fait pour ramener la paix entre les parties, selon radio Métropole.

Réagissant à ces événements, le porte-parole de l'Espace, Evans Paul alias K-Plim, qui était pourtant resté à la capitale, a spéculé comme d'habitude: «Ce qui se passe maintenant à Petit-Goâve est un signe qui montre qu'une dictature Lavalas veut s'instaurer dans le pays, et ils ont fait violence sur les gens. M. Alexis a dit qu'on ne peut pas réunir des gens, alors que les libertés publiques ne sont pas garanties». Cette manifestation à Petit-Goâve se voulait aussi une réponse au Premier ministre Jacques Edouard Alexis qui avait osé ironiser sur l'impopularité de l'opposition, et son échec ne pouvait que frustrer davantage Evans Paul.

Beaucoup de monde s'était rendu dans la ville pour ce qu'ils s'attendaient constituer un triomphe: Carline Etienne (Padhem), Reynold Georges et Hubert de Ronceray (MPSN), Ernst Colon (Mochrenah), Paul Denis, Irvelt Chéry et Sauveur Pierre Etienne (OPL) et leur suite. Pour eux, il s'agissait là d'une répétition avant de tenter une «mobilisation générale» contre Lavalas dans la capitale qui pourrait montrer leurs forces à la communauté internationale. Selon Hubert de Ronceray et Sauveur Pierre Etienne, le choix de Petit-Goâve était un présage du renversement prochain du régime Lavalas: «Dans la lutte contre les dictatures, Petit-Goâve porte le premier prix, nous savons que vous avez de l'expérience dans la lutte contre les régimes dictatoriaux, voilà pourquoi c'est à Petit-Goâve que nous sommes venus lancer l'opération de drainage de Lavalas», a dit Sauveur Pierre Etienne. Malheureusement il n'avait même pas pu «drainer» ses propres partisans pour venir l'écouter.

En outre cette première sortie de cette alliance hétéroclite a tout de suite donné lieu à des divergences dans ce Groupe de convergence. «Nous demandons aux étrangers, qui avaient ramené Aristide en Haïti - puisqu'ils disent aux étrangers de ne plus s'immiscer dans leurs affaires - eh bien la Convergence demande deux choses aux étrangers: 1. ramener Aristide à Washington d'où il est revenu, 2. remettre sur pied l'armée d'Haïti qu'on avait dissoute», s'est écrié le néo-duvaliériste Reynold Georges de l'ALAH-MPSN. L'OPL a aussitôt après émis une note pour se désolidariser de cette déclaration.

Des appels à la guerre civile et à l'agitation ont été aussi lancés en cette occasion. Ce qui a fait réagir le porte-parole de Fanmi Lavalas, Yvon Neptune, qui a dénoncé un plan de déstabilisation de l'Etat pour se venger du choix populaire qui s'est porté majoritairement sur son Parti lors des dernières élections. «Il y a 2 ou 3 personnes, 2 ou 3 politiciens qui depuis quelque temps non seulement profèrent des menaces contre Fanmi Lavalas mais aussi menacent de renverser le gouvernement en place, chasser le président Préval, dissoudre le conseil électoral, annuler les élections, ça veut dire en fait mettre la pagaille dans le pays, déstabiliser le pays... Nous souhaitons que le gouvernement, la justice, la police - face à ces menaces claires, ouvertes contre la paix, encourageant la violence - prennent toutes les dispositions nécessaires pour arrêter et traîner devant la justice tous ces gens qui agissent contre la loi», a déclaré Yvon Neptune.

N'ayant aucun appui populaire, l'opposition haïtienne recourt donc à la violence verbale qui devient inévitablement incontrôlable pour les suites que celle-ci entraîne. En fait la quinzaine de partis constituant le Groupe de convergence n'ont pas pu réunir trois cents personnes à Petit-Goâve, même si les organisateurs avaient pris la peine d'amener nombre de participants de la capitale avec eux. C'est plus qu'un échec, c'est un fiasco, car comment convaincre après cela la communauté internationale de leur représentativité? Près de vingt Partis et autres groupes qui n'ont pu rassembler conjointement qu'un peu plus de deux cents personnes! La moyenne est décidément assez faible, sinon nulle!

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