Haïti Progrès
July  12 - 18   2000
Actualité Politique

La communauté internationale
en quête d'un coup tordu

La «communauté internationale» à la traîne des Etats-Unis se cherche une issue devant l'échec de sa tentative de coup d'État électoral face à la volonté populaire. Après avoir dans un premier temps soutenue fermement le CEP et l'Exécutif haïtien contre les pressions de l'OEA, l'ancien Premier ministre de Ste Lucie, John Compton, est revenu à Port-au-Prince le jeudi 6 juillet pour transmettre à l'ancien président Jean-Bertrand Aristide un message de l'Organisation régionale qui y exprime «sa préoccupation continuelle concernant la méthode de calcul des résultats». Mais il a précisé que: «Dans le but de satisfaire la communauté internationale, nous avons dit au CEP de regarder sa méthode de calcul et la méthode utilisée par la communauté internationale, et lui avons demandé de réexaminer les votes», a ajouté Compton pour qui la solution à cette crise électorale devait être «politique». En fin de compte, Compton implicitement fait comprendre ainsi que le Caricom n'a point changé de position, mais qu'il transmet les pressions auxquelles il est lui-même soumis de la part de la communauté internationale.

Entretemps, Orlando Marville, chef de la Mission d'observation de l'OEA, continue à ruer, son porte-parole Hanna Taylor annonçant que la Mission en place dans le pays depuis le mois de février avait fermé ses portes et que Marville était parti «définitivement» pour Washington, siège de l'OEA, où il devrait présenter la semaine prochaine son rapport «définitif» devant le Conseil permanent de l'Organisation sur le développement du processus électoral en Haïti, ce qui devrait constituer «une étape préalable à la demande de sanctions contre Haïti».

Pour sa part, Angela Kane du Département des affaires politiques de l'ONU a exprimé les préoccupations du Conseil de sécurité au sujet des «irrégularités» dans les procédures électorales et le changement opéré au niveau du Conseil électoral (CEP). Le Conseil a donc exhorté «le gouvernement haïtien à investiguer les rapports d'irrégularités». Finalement cette communauté internationale se fabrique une argumentation tirée par les cheveux. D'abord le premier à crier au loup a été Orlando Marville qui avait pourtant d'emblée reconnu le bon déroulement du premier tour du 21 mai dernier. Ensuite, ce qui n'était point de son ressort, il s'en est pris au système de décompte des votes. Et maintenant la communauté internationale, devant l'inanité de ses prétentions, fabrique une véritable où le terme d' «irrégularité» sert de passe-partout pour élever des protestations.

Pourtant officiellement la précipitation du laquais Orlando Marville ne semble pas entraîner tout le monde et certains préfèrent encore temporiser le jeu pour ne pas perdre toute crédibilité. L'ambassadeur du Canada, Gilles Bernier, a indiqué que son gouvernement n'a pas l'intention d'imposer des sanctions à Haïti. «Pour nous, il n'est pas question d'embargo», a dit le diplomate lors de la remise d'un lot de matériels à l'hôpital St-Nicolas de Saint-Marc le mardi 4 juillet. Parallèlement divers pays européens se seraient désolidarisés de la velléité de la France de suspendre l'aide de l'Union européenne (UE) et même son aide bilatérale, tel que l'avait indiqué l'ambassadeur de France Yves Gaudeul. A en croire le ministre de la Planification Anthony Dessources revenu du Sommet de Genève, certains pays membres de l'UE initialement mal informés de la situation politique haïtienne, ont reconnu par la suite que toute décision de suspendre l'aide à Haïti s'avère prématurée.

L'ambivalence de ces différents pays de la communauté internationale indique qu'ils auraient déjà accepté la victoire électorale de Fanmi Lavalas, n'était-ce la difficulté de trouver une parade à l'échec de leur plan de coup d'État électoral et le souci de ne pas laisser les mains vides leurs protégés de l'opposition. Dans son point de presse du vendredi 7 juillet, le porte-parole du Département d'Etat Richard Boucher a déclaré: «Laissez-moi vous dire que le deuxième tour qui n'inclut pas de ballottage pour les candidats au Sénat, ce qui fait l'objet de notre plus grande préoccupation, est en fait inadéquat et incomplet pour traiter les questions en instance devant nous. L'échec du gouvernement haïtien et des autorités électorales à utiliser la méthode convenable pour déterminer les gagnants des sénatoriales met certainement la question de crédibilité de tout le processus électoral haïtien». Boucher, qui a laissé ouverte l'option des sanctions contre Haïti, a estimé qu'il n'est pas trop tard pour résoudre le problème des sénatoriales. Et l'assistant secrétaire d'Etat pour l'Amérique latine Peter Romero vendait encore plus la mèche en prévenant que le dossier des sénatoriales peut mettre en péril l'élection présidentielle de novembre en Haïti, que les Etats-Unis et le reste de la communauté internationale peuvent bien ne pas reconnaître les résultats. Comment peut-on contester de manière anticipée les résultats d'un scrutin devant se tenir dans cinq mois?

En réalité, comme on peut le remarquer, les Etats-Unis sont bien embarrassés pour contourner les obstacles, d'autant plus qu'ils ne peuvent compter sur leur «opposition» qui, sans ressources populaires, s'en remet entièrement à la communauté internationale! Il appartient donc au gouvernement de maintenir sa fermeté dans ce dossier.

De retour au pays après sa participation au 21e Sommet du Caricom, le président René Préval a justement réaffirmé sa détermination à boucler le processus électoral sur la base des résultats publiés par le CEP, seule institution constitutionnelle compétente en la matière. Tout en annonçant qu'il allait faire promulguer ces résultats dans le journal officiel Le Moniteur et favoriser l'entrée en fonction des élus, le chef de l'Etat a appelé la communauté internationale à la compréhension: «Le Conseil électoral, d'après la Constitution c'est lui qui rédige la loi électorale, c'est lui qui l'applique et c'est lui qui juge en dernière instance sans aucun recours des décisions qu'elle prend, soit concernant l'application de la loi soit concernant la résolution de litiges, de contentieux qui surgissent autour de la loi», a-t-il indiqué. Préval a obtenu cette fois l'appui de l'Association des industries d'Haïti (ADIH) qui a pris ainsi le contre-pied des déclarations de la majorité des organisations du secteur des affaires. L'ADIH s'est en effet prononcée pour la poursuite du processus électoral et contre toutes sanctions économiques contre le pays. «J'ai l'impression qu'on attend la réponse de la communauté internationale. C'est une erreur, la communauté internationale ne règle pas un agenda haïtien, elle règle un agenda de la communauté internationale... C'est des partenaires extrêmement puissants dont on ne peut pas se passer néanmoins si nous donnons la direction, ils la suivront», a

dit le président de l'ADIH Richard Coles. En effet l'économie nationale ne pourra supporter indéfiniment des élections perpétuelles dans l'unique but de satisfaire des parasites qui n'ont présenté aucun programme, sauf celui de vouloir siéger au Parlement.

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