Haïti Progrès
12 au 18 Juillet 2000
Le Canada et des États-Unis
«contribuent» à l'insécurité?Chaque semaine apporte son lot de victimes, et il en coûte déjà beaucoup pour contrôler ne serait-ce que la criminalité de droit commun. La police réussit parfois à démanteler certains gangs, mais il semble que ce soit là des coups d'épée dans l'eau, car les malfaiteurs n'ont point de difficultés à trouver de nouvelles recrues pour reconstituer leurs réseaux.
La «communauté internationale» a beau jeu de critiquer la violence en Haïti en «spectateur». Il est difficile cependant de les absoudre de toute responsabilité quand on sait, comme le disait le ministre de la Justice Camille Leblanc au cours d'une entrevue le 6 juillet à radio Haïti Inter, que le Canada et les Etats Unis ont refoulé en Haïti de 1990 à nos jours environ «3500 grands criminels». «Donc, disait Camille Leblanc, vous arrivez difficilement à gérer ce auquel vous faites déjà face et d'autres déportés continent à arriver, ce qui complique la situation...malgré les efforts de la police et de la justice...»
Le 10 juillet, un nouveau contingent de 40 repris de justice haïtiens ou d'origine haïtienne arrivaient par un vol spécial à l'aéroport de Port-au-Prince dans l'après-midi de ce même jour, s'ajoutant aux 60 qui étaient arrivés voilà deux semaines. Le directeur général du ministère de l'Intérieur, Lubrène Bien-Aimé était présent pour les recevoir. Cela n'en faisait que 100 sur les 500 qui devraient être rapatriés bientôt. Bien-Aimé déclarait à ce propos: «... Ce que nous relevons en outre, c'est que les dossiers sont encore plus pauvres, ils n'ont pas envoyé les dossiers des déportés tels que nous le voulions, et ils ont même envoyé avec moins d'informations que pour ceux que nous recevions il y a deux semaines. Il nous faudrait savoir s'ils ne sont pas nés aux USA, depuis quand ils y vivent, pourquoi ils avaient été condamnés,est-ce que ce sont des récidivistes, combien de temps sont ils restés en prison, quelles relations ont-ils en Haïti, s'ils ont encore des parents ici, leur profession, ce qu'ils ont pu apprendre en prison pour faciliter leur réinsertion ici... Nous avons par exemple le cas de 7 personnes nées aux Bahamas, sont-ils Bahaméens?, étant donné que là-bas, ils bénéficient du droit du sol...» Autant de questions qui mériteraient une réponse de la part des «tuteurs» de Washington et aussi bien d'Ottawa.
Il est facile de constater que les autorités américaines agissent volontairement en laissant ainsi les responsables haïtiens dans l'ignorance. D'après les déportés eux-mêmes, il y a parmi eux des criminels, tels des trafiquants d'armes, revendeurs de drogue qui ne s'en cachaient pas. L'un d'eux, et ce n'est pas le seul, disait qu'il avait émigré aux Etats-Unis depuis l'âge de deux ans.
Cette pratique n'est pas exclusive aux Etats-Unis car malheureusement, le Canada suit leur exemple, en renvoyant, contrairement à la législation canadienne, même des jeunes nés au Canada, en leur donnant le choix entre la prison et la déportation au pays d'origine des parents. Connaissant la situation en Haïti, cette pratique aberrante du Canada et des États-Unis de déverser dans un pays aux structures fragiles sinon inexistantes des gens criminalisés sur leur territoire, comme le faisait remarquer le Premier ministre jamaïcain, relève-t-elle de quelque dessein inavouable?