Haïti Progrès
12 au 18  Juillet  2000


Un second tour sans surprise

Le deuxième tour des élections législatives, communales et locales s'est déroulé dans huit départements géographiques du pays le dimanche 9 juillet, en dépit de la cabale entretenue par les dirigeants des partis d'opposition et des pressions de la communauté internationale. A l'exception du département de la Grand'Anse où le scrutin a été reporté au dimanche 16 juillet, en raison de certains problèmes techniques. Il a eu lieu dans le calme, sans incidents majeurs, sauf dans l'Artibonite où dans les communes de Grande Saline et des Gonaïves des bandits ont respectivement détruit des matériels de vote, et brûlé le marché de Trou-Sable et érigé des barricades enflammées.

La trésorière du CEP, Micheline Figaro, en visite d'inspection dans la région, a assuré que ces incidents mineurs n'auraient pas de graves conséquences sur les opérations. Dans la plupart des cas, c'étaient des candidats de Fanmi Lavalas qui étaient en ballottage favorable face à ceux de l'Espace de concertation, de l'OPL, du Mochrenah, du Fronciph, du Mocidh, du MOP de Jean Molière, du PLB et de quelques indépendants, qui ont superbement ignoré les appels au boycott lancés par les directions de «leurs» partis politiques, n'étant pour eux que de simples «chapeaux légaux». Outre le département de la Grand'Anse, le deuxième tour n'a pas eu lieu dans quelques circonscriptions, comme au Borgne dans le Nord et dans la circonscription de Cayes-Jacmel/Marigot (Sud-Est) où il y a une confusion entre les résultats du CEP ayant mis en ballottage le candidat de Fanmi Lavalas Jackson Pigeot et celui du Mochrenah Sainvoyus Pascal, alors qu'un document de l'Exécutif a éliminé peut-être par erreur Pigeot au profit d'un indépendant, l'ancien député Deloris Félix.

Le Conseil supérieur de la police nationale dirigée par le Premier ministre et ministre de l'Intérieur Jacques-Edouard Alexis avait annoncé que des mesures de sécurité allaient être prises le jour du vote. Effectivement les unités spécialisées de la PNH ont été déployées dans les zones à risques, en même tant que les agents de la police administrative garantissait la sécurité ailleurs. Dans ces actions préventives, on a procédé à l'arrestation à Anse-à-Foleur d'un certain Jean André Aurélien qui menaçait d'empêcher l'investiture du maire élu. L'installation des élus des collectivités territoriales a commencé le mardi 11 juillet 2000.

Malgré le retrait de la Mission d'observation électorale de l'OEA (MOE) dirigée par Orlando Marville et de certaines organisations membres du CNO (Conseil national d'observation électorale), de nombreuses autres ont poursuivi leur travail d'observation. Il y avait entre autres Justice et Paix, le Kozepèp, l'Unired, et le National Democratic Institute (NDI) qui semble se rallier ainsi à ce que disaient les dirigeants de l'Unired qui ont estimé que le rôle d'une mission d'observation électorale n'est pas de se substituer aux partis politiques en contestant les résultats du scrutin, mais bien d'observer le déroulement du processus de vote. Charles Suffrard du Kozepèp a indiqué qu'à parti l'incident de Grande Saline sus-mentionné, il n'y a pas eu de grandes irrégularités dans l'opération électorale du 9 juillet, dont les résultats devraient être publiés dès cette semaine, d'après le Conseil électoral provisoire.

Le parti de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide, Fanmi Lavalas, semble avoir encore remporté ce deuxième tour, de l'aveu même du correspondant de l'Associated Press peu susceptible d'être pris pour un sympathisant de ce Parti. Il était difficile, a-t-il dit, de trouver des électeurs - même parmi ceux critiques du Parti Fanmi Lavalas d'Aristide - à avoir choisi des candidats de l'opposition. «Je pense que le Parti Lavalas a l'esprit dont nous avons besoin. Les Haïtiens ne sont pas stupides. Nous savons autour de quelle table manger», a dit après le vote Frantz Douze, un tailleur de Cornillon.

La participation électorale a été évidemment moindre que celle du premier tour; le directeur des opérations électorales au CEP l'a estimé à environ 30% de l'électorat. L'opposition a prétendu y voir une victoire de son appel au boycott du scrutin et une «preuve» de l'impopularité de Lavalas, en voulant faire croire que cette participation n'aurait été que de 1 à 2 %. «La population avait suivi le mot d'ordre de boycott de l'opposition, comme le montrait le très faible taux de participation», a déclaré présomptueusement Victor Benoît sorti en 6e position pour le Sénat lors du 1er tour des élections dans son «bastion» de l'Artibonite. Pour sa part, le porte-parole de Fanmi Lavalas, Yvon Neptune, s'est félicité de la tenue du 2e tour et a indiqué que la plupart des électeurs ont voté pour son parti. «Il y a une certaine tendance, une sorte de parasitisme politique de la part de certains politiciens pour essayer de capitaliser sur des situations qu'ils n'ont absolument pas créées, sur lesquelles ils n'ont aucune influence... Au niveau de Fanmi Lavalas ce n'est pas cette attitude, ce n'est pas cette politique que nous avons adoptée... Cette question de taux de participation peut avoir d'autres facteurs... hésitation, tâtonnement, la question de date des élections et autres, temps de campagne pour les candidats, en plus d'un climat de confusion mais qui n'a aucun rapport avec des déclarations de certains politiciens», a dit Neptune. A vrai dire, l'engouement du premier tour procédait surtout de la participation de nombreux candidats des autres niveaux: Asec, Casec, délégués de ville, mairies, sénatoriales et même les candidats à la députation étaient plus que les deux seuls restés en ballottage. Et ce deuxième tour ne concernait que un million et demi d'électeurs alors qu'au premier il était question de quatre millions et demi. Il s'avère donc bien que le taux de participation soit plus faible au deuxième tour, seul le contraire aurait pu étonner. Et là encore, que l'on dise qu'elle était de 7 à 10 %, c'était beaucoup mieux que les 5 % de 1995 au premier tour (!) où l'OPL, en l'absence de Fanmi Lavalas avait pu s'assurer une majorité au Parlement.

Les élections étant quasiment terminées et n'ayant plus rien à faire dans le pays après la décision de l'OEA de ne plus les observer pour des raisons présumées de mauvais calcul des suffrages, la Mission d'observation de l'OEA a fermé ses portes en Haïti le lundi 10 juillet. Son chef Orlando Marville devait se rendre à Washington pour y rencontrer le secrétaire général de l'OEA Cesar Gaviria pour lui faire un rapport du bilan de sa mission, a annoncé le porte-parole de la MOE, Hannah Taylor. La teneur de ce rapport n'est pas difficile à deviner, car l'OEA - comme l'avait si bien dit le secrétaire général du Parti populaire national (PPN), Ben Dupuy, lors d'une manifestation à New York - n'est autre que le Ministère des affaires coloniales des Etats-Unis. À leur tour, une fois que Marville leur aura remis la dictée, ils en disposeront à leur guise.

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