Haïti Progrès
5 au 11  Juillet  2000


9 JUILLET
Le deuxième tour se précise

Rien ne semble plus s'opposer à la réalisation du deuxième tour des élections pour le 9 juillet. Certains signaux ne prêtent du moins pas à équivoque. On se rappelle, comme nous l'avions rapporté dans notre édition précédente («Ingérence et chantages pour écarter le peuple») que le Conseil des ministres du Caricom avait apporté le 23 juin un soutien non mitigé au processus électoral en Haïti, et voilà que c'est justement le 3 juillet, au moment où le président haïtien participe, du 2 au 5 juillet, à la 21e réunion des chefs d'Etat et de gouvernement du Caricom à St Vincent et les Grenadines, qu'est rendu public un arrêté présidentiel daté du 27 juin nommant les trois nouveaux membres du Conseil électoral (CEP) en remplacement des trois démissionnaires. Cet appui ne se serait point démenti. En outre, le 28 juin le Caricom a dépêché en Haïti une mission d'information chargée de recueillir sur le terrain des données précises lui permettant d'affiner son analyse de la situation. Forte de cinq membres, cette délégation était composée de personnalités bien en vue dans l'organisme régional: Sam Condor, vice-Premier ministre de St Kitts et Nevis, l'ancien Premier ministre John Campton, M. Bernando et M. Sipio, respectivement assistant secrétaire général du Caricom et responsable des projets au Secrétariat. D'entrée de jeu, le chef de la délégation Sam Condor a déclaré: «Nous sommes ici pour aider Haïti à résoudre ses problèmes. Le Caricom a beaucoup besoin d'Haïti et notre solidarité lui est déjà acquise», précisant même n'avoir «rien à contester en ce qui concerne le mode de comptage utilisé, ou les résultats publiés». Une position qui a raffermi le conseiller électoral Carlo Dupiton qui a vu dans la visite de la délégation caraïbéenne un renouvellement de son soutien au CEP et que ses explications n'avaient fait que les confirmer dans cette attitude: «Nous avons montré à ces messieurs-là que depuis 1987, le Conseil électoral provisoire avait provision, n'est-ce pas, en tout ce qui a trait aux élections. J'ai même communiqué à ces messieurs le mode de décision, l'article qui définissait comment choisir les sénateurs en 1987: celui qui aurait le plus grand nombre de voix serait élu pour 6 ans, celui qui viendra en deuxième lieu serait élu pour 4 ans et en troisième lieu pour 2 ans», a-t-il dit. La Mission rencontrait également le chef de l'Etat René Préval, l'ancien président Jean-Bertrand Aristide, des représentants du secteur privé haïtien et des partis politiques.

Entre-temps, la communauté internationale se montre beaucoup moins agressive et incidemment l'évêque coadjuteur de Port-au-Prince Mgr Serge Miot a dénoncé l'ingérence étrangère dans la question électorale et les menaces de sanctions. Dans la foulée, le représentant du secrétaire général de l'ONU en Haïti, Alfredo Lopez Cabral, - qui avait été l'un des premiers à emboîter rapidement le pas à l'OEA - a rendu une visite au CEP, que le conseiller électoral Carlo Dupiton a encore qualifiée de «visite de soutien»: «Il était venu nous assurer du soutien, de son soutien pour l'aboutissement du processus électoral, naturellement il a fait état des difficultés, des réussites et ensuite il a voulu, n'est-ce pas, se renseigner sur le deuxième tour. Est-ce que les préparatifs sont là, est-ce que tout est prêt? A cette question le conseiller a répondu que oui. Donc ça a été à la satisfaction de nous tous», a indiqué Dupiton.

Même la Mission d'observation électorale de l'OEA, qui persistait quant à la nécessité de modifier le système de décompte des suffrages, a laissé ouverte l'option de poursuivre son travail d'observation électorale lors du deuxième tour du scrutin. Sa porte-parole, Hanna Taylor, a gardé un profil bas en laissant entendre que la rencontre qu'elle a eue avec le président Préval au Palais national, où ce dernier avait fait part de sa volonté de poursuivre le processus électoral, n'avait pas changé pour autant la position de la Mission. Le médiateur de la République française (équivalent du Protecteur du citoyen), Bernard Stasi, a durant son séjour exprimé sa confiance dans l'avenir de la démocratie en Haïti, et a annoncé une aide française de 250 mille francs à l'Office de protection du citoyen. Ce qui ne correspond point aux menaces de cessation de l'aide de l'Union européenne brandies quelques jours plus tôt par l'ambassadeur de France en Haïti, Yves Gaudeul. Il est vrai que celui-ci servait piteusement en l'occurrence de factotum et d'intermédiaire à la Maison-Blanche de Washington qui ne voudrait pas non plus à la veille des élections américaines se retrouver face à un échec total dans celles qu'elle s'est évertuées vainement à manipuler en Haïti.

La fermeté du président Préval aura été payante, et avant son départ pour St Vincent il a clairement fait comprendre qu'il était temps que tous les partis respectent la Loi et que le Conseil électoral provisoire était la seule autorité légale et compétente en matière d'élections et c'est ce qu'il s'était «appliqué à faire comprendre à ses interlocuteurs haïtiens et étrangers». Bien entendu, la régularisation de la situation ne devrait point faire capituler définitivement la «communauté internationale» ni anéantir la hargne et la rage des tenants de l'Option zéro et leurs alliés qui n'hésiteront pas à se livrer à d'autres actions criminelles.

Haïti Progrès      |     ARCHIVES