Haïti Progrès
5 au 11 Juillet 2000
L'«opposition» veut s'agripperLes élections complémentaires se sont déroulées sans aucun incident dans la commune des Irois le dimanche 2 juillet 2000. A Dame-Marie elles n'ont pas eu lieu à cause d'une certaine confusion concernant le nombre de bureaux où les opérations devaient être tenues. Les élections partielles dans le département de la Grand'Anse le 11 juin dernier avaient été perturbées dans ces communes où des saboteurs avaient soit enlevé soit incendié les matériels électoraux y compris les procès-verbaux. Ces complémentaires n'ont pas eu vraiment un grand impact sur les résultats dans ce département car le parti Fanmi Lavalas détenait déjà une avance insurmontable face à ses adversaires. Suivant les résultats partiels en effet, les deux sièges de sénateurs, trois sièges de députés sur 12 ont été remportés dès le premier tour par Fanmi Lavalas et il est en ballottage dans les circonscriptions restantes. Ses deux candidats au Sénat, Louis Gérald Gilles et Lans Clonès ont eu respectivement 86404 voix, soit 76,71% des suffrages et 78661 voix, soit 69,83%. Les candidats Maxime Roumer (Escamp/Korega) et Michel Clérié (Espace de concertation) ont obtenu 41% et 24%.
Deux jours avant ce scrutin complémentaire du 2 juillet, l'Escamp/Korega a remis au CEP un document conditionnant sa participation au deuxième tour à la prise en compte des contestations soulevées sur le premier tour par les partis. Deux responsables de cette coalition politique, les anciens parlementaires Joseph Jasmin et Kelly Bastien ont réclamé comme les autres partis de l'opposition «l'application stricte de la loi électorale» en ce qui touche au calcul des pourcentages.
Quant au dit Groupe de convergence, ce ramassis sans assises populaires formé du MDN, de l'OPL, de l'Espace, du RDNP, Mochrenah et Pademh, il a fait paraître le 2 juillet des «résolutions en cinq points» appelant notamment à de nouvelles élections à être organisées par un «gouvernement de transition». «Un gouvernement de transition doit remplacer le président Préval afin d'organiser des élections honnêtes dans le pays. La communauté internationale doit fixer ses sanctions directement sur les grands mangeurs à tout faire et les "chimères" lavalas qui sont devenus des délinquants internationaux», a dit le bruyant intrigant Evans Paul alias K-Plim qui a déclaré, impudent comme toujours, sa «Convergence» ouverte «à toutes les forces progressistes organisées de la nation qui veulent s'unir pour donner au pays une autre direction». Quelles forces réellement progressistes accepteraient de rejoindre ce quarteron de putschistes, de néo-duvaliéristes et assimilés?
De plus, ils ont dit avoir écrit au CEP pour lui faire part de leur volonté de ne pas participer au deuxième tour, et l'OPL, jamais à court d'une facétie aurait même envoyé une missive à l'imprimerie Henri Deschamps (qui s'occupe de la fabrication des bulletins) pour l'aviser que quiconque apposera son emblème sur les bulletins de vote sera poursuivi en justice. C'est cependant une crainte justifiée de la part des hauts dirigeants ce parti qui essaient plutôt de court-circuiter leurs candidats qui n'obéiront point à leur mot d'ordre. Ce qu'en effet expliquait le conseiller électoral Carlo Dupiton, qui a fait remarquer que cette position n'a rien à voir avec la Constitution et la loi électorale et prédit que les candidats ne suivront pas, tel qu'il a été encore prouvé dans la Grand'Anse, les mots d'ordre de «leur» parti. «Ce n'est pas à nous d'adresser cette lettre mais bien à leurs représentants s'ils en ont qui sont en ballottage... Il y a un candidat qui est en ballottage, il était sous la bannière de Ranfò et maintenant il est sous celui du Mochrenah. Autant dire qu'il n'y a pas d'intérêt idéologique qui retienne les candidats, n'est-ce pas, aux partis. Parce qu'ils sont venus là me dire qu'ils n'ont pas reçu une gourde de ces partis pour mener campagne», a précisé Dupiton. Il faut dire aussi que dans le cas de l'OPL, rares sont ses candidats qui sont encore en lice pour le deuxième tour, puisque le «grand parti» de Gérard Pierre-Charles n'a vraiment pas performé au diapason des cris de ses dirigeants pour les maintenir en ballottage.
Et plus que jamais, la réalisation du deuxième tour se confirme pour le 9 juillet. Par arrêté présidentiel rendu public le 3 juillet l'Exécutif a remplacé les trois déserteurs du CEP - Léon Manus, Emmanuel Charles et Debussy Damier - par le docteur Richard Chéry, le docteur Jean C. Alexandre et l'ingénieur Yves Bertrand. Peu avant son départ pour le sommet du Caricom à St Vincent, le président Préval a défendu le processus électoral et annoncé que les résultats des élections pour les collectivités territoriales seraient publiés au journal officiel Le Moniteur le 3 juillet. Après quoi l'Exécutif passera à l'installation des élus.
Deux jours auparavant soit le 30 juin, le CEP avait rencontré le chef de l'Etat au Palais national pour discuter de l'organisation du deuxième tour pour le 9 juillet. Dans cette perspective, les autorités électorales se sont réunies avec les différents BED pour planifier. Le CEP et l'Exécutif ont obtenu l'appui du secteur syndical - notamment la CTH dirigé par Jacques Belzin - qui avait déjà réclamé le remplacement des trois membres manquants du CEP. Tout aussi significative a été la décision de la Plate-forme des organisations des droits humains, de Justice et Paix, de Kozepèp de continuer à participer à l'observation du scrutin, et du MOP de Jean Molière de prendre part normalement au reste du processus électoral.
Comme on peut s'en rendre compte, les partis et groupuscules de l'opposition ont épuisé leurs ressources pour faire avorter, à la suite de leur échec, les élections, qu'ils réclamaient tant précédemment. Au bout du compte ils ont espéré jusqu'au dernier moment que la «communauté internationale» sauverait le coup d'État électoral qu'elle concoctait en leur faveur; mais ils n'ont plus pour s'agripper que la vieille formule de l'Option zéro chère aux macouto-putschistes en exigeant contre tout bon sens et toute logique la démission du chef de l'État.