Haïti Progrès
5 au 11  Juillet  2000
Actualité politique

ASSASSINAT de JEAN DOMINIQUE
Déplorable lenteur de la justice

Le 3 juillet 2000, trois mois après l'assassinat de Jean Dominique, a été marqué par une série d'activités dénonçant la lenteur de la justice dans ce dossier. Ils étaient plusieurs dizaines de membres d'organisations de défense des droits humains, d'organisations de femmes, d'organisations de victimes du coup d'Etat, de parents de Dominique dont sa veuve Michèle Montas, d'employés de radio Haïti Inter et d'autres personnalités à organiser lundi dernier un sit-in devant le ministère de la Justice. Le samedi précédent des paysans de l'Artibonite répondant à l'appel de Kozepèp avaient tenu un rassemblement à l'Estère. Ces différentes organisations ont indiqué que Jean Dominique avait de son vivant trop défendu les humbles, pour qu'on se taise et se faire ainsi complices de ceux qui l'ont assassiné.

Le ministre Camille Leblanc est venu de son bureau situé à l'étage du ministère pour rencontrer les manifestants dans la cour, où il a expliqué à la presse que quatre suspects ont déjà été arrêtés dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat du journaliste et du gardien Jean-Claude Louissaint.

L'un de ces inculpés, Jean Wilner Lalanne, a cependant décédé de façon fort étrange à l'hôpital où il devait subir une intervention chirurgicale pour l'extraction de 4 balles logées dans ses fesses. Sans autres explications on faisait savoir qu'il était mort d'une crise cardiaque. C'était trop facile et personne n'a prêté foi à cette explication plutôt rapide. Cela n'a fait que raviver les soupçons que le défunt en savait trop.

Les témoignages de cet individu auraient pu être d'une importance capitale pour l'enquête, car d'après les premières informations judiciaires fournies, il servait d'intermédiaire entre les exécutants du crime et les commanditaires. «A-t-il joué un rôle secondaire? Mais nous n'étions pas à cette phase. Maintenant je pense qu'il y a d'autres personnes sur lesquelles on mène des investigations... Il faut que l'enquête aboutisse. Elle doit déterminer tout ceci: ceux qui ont posé l'acte et ceux qui l'ont commandité...», a déclaré le ministre Leblanc. Tout le monde espère cependant que Lalanne n'était qu'un parmi les maillons qui permettraient de remonter la filière du crime.

C'est ainsi que Lovinsky Pierre Antoine de la Fondation 30 septembre a vu dans ce nouveau développement un coup monté par les commanditaires et autres auteurs intellectuels du crime dans le but évidemment de s'assurer le silence de leur complice. Le ministre de la Justice Camille Leblanc n'aurait pu en rester là et il a ordonné que l'on procède à l'autopsie -ce qui allait de soi- du cadavre de Jean Wilner Lalanne en vue de déterminer les circonstances exactes de sa mort. Il a même prévu une contre-expertise par des médecins-légistes après l'autopsie que doivent réaliser des médecins haïtiens. Si les résultats infirment la crise cardiaque comme cause du décès, il y aura matière alors à procéder à l'interrogatoire de ceux qui ont eu accès à Lalanne au moment de son hospitalisation?

Une vigilance de tous les instants s'avère donc encore plus nécessaire et la mobilisation pour obtenir justice pour Jean Dominique, qui ne fait que commencer, va redoubler. Le mois de juillet a été décrété «Mois de justice pour Jean Dominique» par des personnes et des groupes qui envisagent d'autres manifestations et activités. Mais on peut déplorer le fait qu'une certaine lenteur s'apparente d'une certaine manière à de l'indifférence, car comme on l'a vu, si la justice avait fait preuve de plus de célérité pour passer d'une «phase» à une autre dans l'interrogatoire du suspect Jean Wilner Lalanne, elle aurait sans aucun doute franchi une autre étape dans l'enquête.

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