En BrefHaïti Progrès
June 28 - July 4 2000
Tuerie préméditée en République dominicaine?Manifestation le vendredi 23 juin devant le consulat dominicain à Pétion-Ville de dizaines de personnes à l'initiative de la Fondation 30 septembre, qui a réuni des délégués de plusieurs organisations de victimes du coup d'État, pour protester contre la tuerie exécutée par des militaires dominicains le 18 juin dernier.
Lovinsky Pierre-Antoine, dirigeant de la Fondation 30 septembre apportait les précisions suivantes retransmises le lendemain sur les ondes de Radio Haïti Inter: «Les militaires dominicains savaient pertinemment bien que ce camion ne transportait point de drogue, parce que le véhicule avait déjà stoppé à un premier poste de contrôle de l'armée dominicaine; donc ils ont fait exprès de tirer dessus, et selon les témoignages des survivants, les militaires dominicains ont passé plus de trente minutes à tirer sur le véhicule.» Ce qui est corroboré par le témoignage d'un jeune passager de 14 ans qui était assis près du chauffeur décédé, qui a déclaré que le camion avait déjà chaviré quand les soldats ont commencé la fusillade. Pierre-Antoine poursuivait pour apporter d'autres éléments, expliquant: «C'est l'aile conservatrice en République dominicaine, surtout l'armée dominicaine qui est l'une des institutions les plus conservatrices dans ce4 pays, qui veut donner une réplique, pour ainsi dire, à l'espoir d'ouverture que représente le nouveau président élu Hipolito Mejìa... À la tête de cette armée il se trouve des éléments conservateurs qui voudraient voir la situation rester telle quelle, qui aimeraient voir les relations haitiano-dominicaines demeurer instables.»
Procès du massacre de Carrefour-Feuilles
Si l'on en croit la Coordination des parents des victimes du massacre de Carrefour-Feuilles du 28 mai 1999, qui rapportait les paroles du ministre de la Justice, c'est au cours de la semaine du 15 au 22 juillet que devrait se tenir le procès des accusés, des policiers qui auraient agi sous les ordres de l'inspecteur Coles Rameau. 16 policiers étaient à l'origine inculpés dans cette tuerie, mais 6 ont d'ores et déjà été libérés, étant donné que l'Instruction n'aurait retenu aucune charge contre eux. Cependant les parents des victimes ont bon espoir que pour une fois la justice suivra son cours et que ces criminels ne resteront pas impunis. Le porte-parole Félix Vilcéron disait le 24 juin que son association avait recommencé à consulter des avocats, «parce que...peut-être que dans le groupe des avocats que nous avions déjà, il y en a parmi eux qui ont obtenu des bourses pour aller étudier; en ce sens nous sommes obligé de chercher 2 ou 3 autres avocats sérieux pour nous accompagner lors du jugement... Normalement nous ne devrions pas avoir besoin d'avocat, mais étant donné que vous savez dans quel pays nous vivons. Parce que, quoi qu'il en soit, c'est par un tribunal populaire que ces individus devraient être jugés». Que dit le ministre de la Justice pour redonner confiance aux victimes et les convaincre que les procureurs de l'accusation seront à la hauteur de leur tâche pour que la justice soit en cette occasion justement rendue?
Des candidats font fi des directives des leaders!
Le départ imprévu du président du CEP ainsi que la démission de deux conseillers n'auront pas jusqu'à présent compromis la poursuite des opérations électorales, puisque les six membres restants ont le quorum nécessaire conformément au règlement de l'organisme. Cependant il s'en est suivi un certain retard dû au chantage et aux pressions de la communauté internationale qui voit sur le point d'échouer ses tentatives de réaliser un coup d'État électoral au profit de ses protégés de l'opposition. La participation populaire a donné une avance insurmontable au Parti de l'ex-président Aristide, Fanmi Lavalas qui compte déjà officiellement 16 sénateurs élus au premier tour en attendant deux autres possibles dans le département de la Grand'Anse où le scrutin s'est déroulé seulement le 11 juin. Fanmi Lavalas a déjà près d'une trentaine de députés sur les 83 à élire. Présumément le deuxième tour devrait se dérouler le 9 juillet au lieu du 25 juin prévu antérieurement. Déjà les dirigeants des différents partis de l'opposition défaite ont dit se retirer de la course, mais leurs candidats, qui sont en bonne position au ballottage, font la sourde oreille à leurs directives. Il est vrai que ces mêmes dirigeants, qui disent se retirer du processus électoral, n'avaient point fait part officiellement de leur décision au CEP!
Léon Manus, un casse-tête pour la Cour des comptes
Président du Conseil électoral jusqu'à son départ inexplicable, sa «fuite», prétend-on, suite à des menaces pour le moins imprécises, Léon Manus était en charge avec la trésorière Micheline Figaro de la signature des débours de l'organisme. Il est vrai que, comme le disait le président de la Cour supérieurePierre Richard Lafontant, au cours d'une entrevue exclusive à Radio Haïti Inter diffusée le 24 juin, «que le président Manus et madame Figaro avaient sollicité de la Cour l'audit de leurs comptes, mais nous avons débuté les travaux au niveau du Conseil électoral provisoire depuis bien longtemps, nous leur avions fait certaines suggestions au sujet de la tenue de leurs livres de comptabilité et la production de certains rapports, rapports qui seraient préjudiciables au démarrage même des travaux»... Un audit qui paraît par ailleurs être un véritable casse-tête, comme l'expliquait l'intéressé lui-même: «...Mais nous estimons... Quand vous faites un audit, automatiquement vous touchez, vous voyez à la responsabilité de ceux qui ont engagé, ordonnancé et payé les dépenses publiques. Nous ne disons pas seulement que les états financiers ou que les comptent sont bien gérés ou mal gérés, nous fixons les responsabilités... Ce sera un audit assez complexe: le Conseil électoral provisoire d'une part est financé par le Trésor public et par l'aide externe, d'autre part les mécanismes de décaissement du Conseil électoral provisoire, nous devons les étudier à tête reposée. Il y a eu des dépenses faites sur réquisitions, des dépenses faites sur compte courant, d'autres engagées par la Banque nationale de crédit, d'autres payées directement par la communauté internationale. Donc nous devons étudier cette question-là à tête reposée... À cet égard nous avons acheminé déjà une correspondance au Premier ministre, au chef du gouvernement, pour lui demander de nous faire avoir copie de tous les accords de projets signés entre l'Etat haïtien et l'USAID, le gouvernement canadien, le gouvernement français, le gouvernement taiwanais, le gouvernement vénézuélien.» Comme on peut le constater, l'intervention et l'ingérence de tous ces bailleurs de fonds au CEP ne font que compliquer l'audit et rendre encore moins transparente l'allocation de ces fonds. Désormais il faudra sans nul doute compter en partie sur la collaboration de ces organismes étrangers. Un apport qui paraît bien difficile, sinon improbable s'il y aurait par hasard quelque chose à cacher, vu l'appui qu'offre actuellement Léon Manus à cette même communauté internationale dans les tentatives répétées de celle-ci de discréditer après coup les élections du 21 mai dernier.