Actualité politiqueHaïti Progrès
21 - 27 June 2000
Des maillons conjugués pour la déstabilisationFinalement, au bout d'une année, les élections ont pu avoir lieu après avoir été renvoyées au moins à trois reprises. Les tergiversations, les tractations, les manoeuvres de la communauté internationale et de ses protégés de l'opposition n'ont pu finalement contrecarrer le verdict des urnes. Inévitablement cette opposition, qui ne pouvait quasiment compter que sur un coup d'État électoral à défaut d'assises populaires, n'est pas prêt à accepter cette double défaite: la faillite, jusqu'à présent de ce coup d'État électoral et l'étalage devant l'opinion tant nationale qu'internationale de l'insignifiance de son électorat. Si jusqu'à présent leur unique arme consistait à crier à la fraude, leur discrédit n'a pas cependant empêché la communauté internationale de continuer à s'ingérer arbitrairement dans le processus. En dépit du cours des événements, elle montre carrément son jeu, au risque de saboter des élections qu'elle accusait pourtant l'exécutif haïtien de ne pas vouloir tenir. La technicalité inventée à présent concernant le comptage des votes n'est point crédible, elle le sait très bien. Mais ce n'est qu'une parmi d'autres façons d'en arriver à ses fins. Et nombre de moyens de pression parallèles se font encore plus sentir.
Désigner Haïti comme narco-État était somme toute devenu banal. Il en fallait plus. C'est ainsi que depuis quelque temps, des habitants de différentes zones voient atterrir sans aucune discrétion, de petits avions, présumément utilisés par les trafiquants de drogue. Vrai ou faux, on comprend mal que le commerce s'intensifie de la sorte juste au moment où les États-Unis ont les yeux rivés sur la région?
Mais ce trafic d'où qu'il provienne ne vient que conforter les le Département d'État dans ses assurances intéressées. Il ne semble plus suffire. Maintenant, ce sont environ 200 repris de justice d'origine haïtienne que les autorités de Washington veulent obliger le gouvernement haïtien à accueillir sans délai sous peine de sanctions diverses. À noter qu'il n'est point question pour le gouvernement haïtien de soumettre ces «rapatriés» à une période de probation à leur arrivée. Il est question que 300 autres devraient suivre, dont on ne connaît point exactement le statu face à la loi. Condamnés pour divers crimes par la justice des États-Unis, ils auraient déjà purgé leurs peines là-bas. Le porte-parole de l'ambassade des États-Unis en Haïti, Daniel Whitman, a indiqué que les responsables des deux pays étaient en train de négocier un calendrier de déportation. On s'imagine mal comment il peut y avoir des négociations puisqu'il s'agit d'un diktat. De plus, il ne faudra pas compter sur le ministre «étranger aux affaires» pour faire valoir le point de vue haïtien. D,ailleurs Fritz Longchamp, le fonctionnaire en question ne souffle mot sur ce sujet. C'est le ministre de la Justice, Camille Leblanc qui s'est risqué à quelques observations sur la difficulté à gérer un tel dossier.
Cette vague de déportation de criminels dangereux en ce moment précis a tout l'air d'entrer dans le cadre global d'un plan de déstabilisation du pays. Le Premier ministre Jacques Edouard Alexis n'a pas cru bon faire l'autruche face à une telle situation. Il déclarait: «C'est normal le pays ne peut pas en fait refuser d'accepter ses fils, il est donc normal que nous les acceptions. Mais nous ne pouvons les accepter dans n'importe quelles conditions, uniquement pour faire plaisir au gouvernement américain. Donc il est clair de ce côté-là il faut que les discussions se poursuivent parce que voilà nous venons d'organiser des élections et malgré tout ce qui se dit les élections se sont bien passées; elles ont même étonné le monde entier. Je pense que cette affaire, cette affaire de déportation ne doit pas devenir un poison, qu'au lieu que suite aux élections nous ayons un climat de sérénité, mais bien un climat de sécurité. Eh bien c'est une façon pour eux de continuer à nous créer des problèmes.»