Haïti Progrès
14 au 20 Juin 2000
GRAND'ANSE:
Des élections partielles dans le calmeLe premier tour des élections partielles du dimanche 11 juin dans le département de la Grand'Anse s'est déroulé sans grandes difficultés avec une assez bonne participation de l'électorat, malgré certaines petites irrégularités constatées au niveau de la distribution du matériel et certains retards pris dans l'ouverture des bureaux de vote. Les quelques individus, qui essayaient de nuire, ont été vite maîtrisés par la police omniprésente en cette journée. A titre d'exemple, le candidat indépendant à la députation de l'Anse-à-Veau/Azile Frantz Féquière a été surpris avec des boîtes de bulletins dans sa voiture qu'il devait apparemment faire déverser dans les rues de Port-au-Prince afin de discréditer ces élections. Il a été incarcéré au sous-commissariat de police de l'Anse-à-Veau en attendant une décision judiciaire. Le premier tour des élections du 21 mai avait été reporté dans la Grand'Anse par suite, comme on le sait, de la longue crise entretenue par les agents de l'Espace de concertation pour évincer l'Eskanp/Korega dans la région.
Mais toutes les dispositions semblaient avoir été prises formellement et de façon pratique. D'abord, le 6 juin un arrêté présidentiel confirmait officiellement que «sur proposition du CEP et sur rapports des Ministres de l'Intérieur et de la Justice» les élections partielles se tiendraient le 11 juin dans la Grand'Anse pour 2 sièges au Sénat, 11 députés ainsi que pour tous les maires, membres des collectivités territoriales, délégués de ville, etc, et «des élections complémentaires dans le département du Sud dans la commune de Maniche pour 1 député, un conseil municipal, des Casec», etc.
Ensuite une délégation bipartite CEP-Exécutif ayant à sa tête le Premier ministre Alexis, le ministre de la Justice Camille Leblanc, le directeur général de la PNH Pierre Denizé et le président du CEP Léon Manus s'est rendue dans la Grand'Anse dès le vendredi 9 juin en vue de contrôler la situation sur place. A Jérémie, la délégation a eu une rencontre avec l'évêque de ce diocèse, Mgr Willy Romélus, puis avec les représentants régionaux des partis politiques, à l'exception de Fanmi Lavalas. Une vingtaine d'observateurs de l'OEA et de nombreux autres des réseaux d'observation locaux étaient aussi sur place. Tout paraissait devoir bien se dérouler et, c'est en fait ce qu'il en a été.
Après la journée du scrutin, le Premier ministre et ministre de l'Intérieur Jacques Edouard Alexis n'a pas caché sa satisfaction: «C'est aussi l'occasion pour moi de féliciter - comme je l'avais fait le 21 mai - eh bien la population du pays et en cette occasion la population de la Grand'Anse et des Nippes pour la façon dont elle s'est mobilisée lors de ces élections... Nous pouvons tous le constater, malgré certaines imperfections, malgré certains retards mais tout s'est passé et s'est passé dans l'ordre.» Son appréciation de la situation était partagée tant par les conseillers électoraux Léon Manus, Micheline Figaro, Yva Youance et des porte-parole de certains partis politiques. Et aussi d'après le candidat au Sénat de l'Eskanp/Korega Maxime Roumer qui déclarait: «...Nous, nous avons vu que les élections se sont bien déroulées».
Satisfaction exprimée davantage encore par les candidats de Fanmi Lavalas dont Gérard Gilles qui exprimait ses remerciements «à la population de la Grand'Anse pour avoir voté en masse». En effet, d'après toutes les évaluations, de nos sources et de nombreux autres journalistes, à Radio Galaxie par exemple, la participation de la population a été plus que raisonnable.
Pour leur part les candidats de Fanmi lavalas ont crié victoire en fêtant dans les rues de Miragoâne et ailleurs. Lors d'une conférence de presse, le candidat au Sénat de ce parti, Lans Blonès a déclaré: «Au nom de Fanmi lavalas, au nom de tous les autres élus des autres départements du pays, particulièrement les 16 sénateurs élus de Fanmi lavalas, nous remercions le peuple de la Grand'Anse pour les deux nouveaux sénateurs qu'ils ont donnés à Fanmi lavalas... Pendant que nous continuons à nous mobiliser pour que la paix triomphe sur la violence, pour faire triompher la vérité sur le mensonge, nous ne négocierons pas le vote du peuple dans la Grand'Anse ni dans les autres départements.»
Quant au dépouillement il aurait commencé aussitôt, et dès le mercredi 13 juin on devrait commencer à obtenir les résultats partiels.
De l'opposition, ou plutôt de cette cohorte réunie sous le vocable de Front de convergence, qu'est-ce qu'il en est maintenant? Bien entendu, à défaut d'électeurs, ses chefs enhardis par les intrigues d'Orlando Marville continuent à lancer des appels à la «communauté internationale» et disent s'abstenir. Mais même les candidats de leurs propres partis n'ont pas suivi leur mot d'ordre de boycott! Et le coordonnateur du Conacom/Espace Victor Benoît a encore trouvé moyen de dire que les élections dans la région des Nippes (Grand'Anse) notamment ont eu lieu dans un grand désordre. Son allié Reynold Georges de l'Alah/MPSN pour sa part a essayé de se faire une raison et de trouver dans les Saintes Écritures une explication: «Dans la mesure où on leur a fait des promesses... Bon, Jésus-Christ avait 12 apôtres, un parmi eux avait fait défection. Que dire pour nous autres en ces temps où nous vivons; parce qu'il y a des gens qui manquent de conviction quand ils mènent une lutte. Mais c'est une chose que nous gérons au sein du Groupe de Convergence», a dit Georges faisant allusion à ces candidats qui n'avaient pas suivi leur mot d'ordre de boycott du scrutin.