Haïti Progrès
 31  Mai au 6 Juin 2000


JUSTICE:
le ministre s'explique

Dans une sorte de bilan de la journée électorale du 21 mai, concernant l'action des autorités policières et judiciaires, le ministre de la Justice Camille Leblanc s'est montré satisfait. Il a estimé que l'environnement sécuritaire promis avec la participation de la société civile a été une réussite. Avec la permanence décrétée au niveau des tribunaux civils et de paix pour la sécurisation de la journée électorale, Leblanc a indiqué que «c'est la première fois que le ministère de la Justice s'est impliqué dans un dossier aussi directement et aussi dynamiquement».

Le jour du scrutin la police s'était mobilisée et de nombreux fauteurs de troubles présumés ou de fraudeurs pris sur le fait ont été interpellés. Même les candidats n'ont pas été épargnés, ceux qui croyaient jouir d'une impunité indue dans le contexte des opérations électorales. C'est ainsi qu'entre autres, Jean Limondji, candidat de l'Espace à Petit-Goâve, Paul Denis, candidat de l'OPL dans le Sud et Veillard Louis, candidat indépendant à la mairie de la Croix-des-Bouquets ont été appréhendés par la police, plus dans le souci de ramener le calme que de réprimer les contrevenants, car la plupart des gens appréhendés, a dit Leblanc, ont été libérés une fois le risque passé et la tension désamorcée.

Malheureusement, le garde des sceaux ne peut pas en dire autant dans le cadre des deux dossiers judiciaires qui ont rebondi la semaine dernière. Il s'agit de celui de l'assassinat de trois jeunes récemment à Martissant et de l'affaire de Carrefour-Feuilles dont le 28 mai 2000 amènera le premier anniversaire. La population de Martissant a dénoncé la police dans le meurtre des 3 jeunes hommes survenu à la suite d'un conflit opposant un policier et un mari revenu de l'étranger. C'est ainsi que le jeudi 25 mai une foule furieuse est descendue sur la route de Carrefour lançant des pierres et endommageant de nombreuses voitures sur cette artère névralgique qui constitue la principale sinon l'unique voie de sortie de la capitale vers le sud et le sud-ouest du pays, et qui est restée bloquée pendant une bonne partie de cette journée. La police a procédé à plusieurs arrestations parmi les manifestants.

A l'approche du 28 mai on redoute des actions similaires à Carrefour-Feuilles où périssaient un an auparavant onze jeunes hommes, tous abattus par la police sous les ordres du commissaire Cols Rameau, qui visiblement les avait déjà maîtrisés. Des hauts responsables du commissariat de la police de la capitales sont encore en détention préventive dans le cadre de ce massacre.

Dans l'un comme dans l'autre cas, la lumière n'est pas encore faite sur les circonstances exactes des meurtres. Et vu la lenteur de l'appareil judiciaire, surtout dans l'affaire de Carrefour-Feuilles, les parents et amis des victimes et la population en général manifestent leur indignation. Tout en réprouvant ces débordements, le ministre Leblanc a dit comprendre et accepter une demande de justice, ce qui est à son avis une chose légitime. Il a tenté de s'en expliquer par les labyrinthes juridiques qui seraient la cause de ces lenteurs dans l'appareil. Ainsi donc il a révélé que le procès de Carrefour-Feuilles devra attendre encore car on est au niveau «de la mise en état du dossier», l'étape où le juge d'instruction réunit les faits, avant de rendre une ordonnance définitive. Comme ce fut le cas pour le procès de Raboteau, les personnes inculpés peuvent toujours interjeter appel, puis se pourvoir en cassation. Cette instance suprême devra alors rendre un arrêt sans appel. «A partir de ce moment, le commissaire du gouvernement et le doyen peuvent fixer la date du procès», a déclaré Camille Leblanc qui n'a pas néanmoins expliqué pourquoi l'étape d'instruction de ces procès s'avèrait toujours interminable (voir page xx).

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