Haïti Progrès
24 au 30 Mai 2000
L'opposition tentera-t-elle un dernier coup?
Les observateurs unanimes n'ont pu qu'admettre que dans les conditions actuelles les élections se sont bien déroulées. Et l'absence de violence systématique était pour le moins remarquable. «Je pense que la préparation n'était pas suffisante pour que ces élections ait eu lieu ni en novembre, ni en décembre, ni en janvier, ni en février ni en mars. Donc maintenant que les élections ont lieu au moment opportun et c'est ce que j'ai toujours dit, mais on a préféré dire que je ne voulais pas des élections», a pu donc déclarer le président Préval.Sans doute les plus de 7000 postes électifs ne seront pas tous comblés car il reste à effectuer les élections dans le département de la Grand'Anse où l'Espace de concertation a créé tout un interminable conflit pour essayer de s'emparer du bastion du Korega/Escanp. Ce n'est plus un secret, cela ne l'avait jamais été et c'est presque officiel que Fanmi Lavalas, le Parti de l'ex-président Aristide l'emporte haut la main sur ses adversaires.
Un observateur a dû admettre après le vote que 12 à 14 sièges du Sénat parmi les 19, et 50 à 60 sièges de députés sur les 83 peuvent revenir à ce Parti. «Si les résultats qui j'ai eus hier d'une douzaine de bureaux de vote sont les mêmes à travers le pays, cela veut dire qu'Aristide va être le prochain président d'Haïti avec un Parlement où il détient la majorité...Le peuple haïtien a voté surtout pour Lavalas parce qu'ils veulent le retour d'Aristide. Ils n'ont pas voté pour un candidat», a-t-il précisé.
Le même constat a été fait par la «communauté internationale» et divers représentants du secteur privé, comme Lionel Delatour qui a déclaré justement: «Haïti a surpris le monde avec une élection qui a eu le moindre degré de violence et un plus haut niveau de participation que prévu.» Quand le chef de la Mission d'observation de l'OEA en Haïti, Orlando Marville, a indiqué que «ceux qui savent pertinemment qu'ils ne vont pas remettre grand-chose vont parler de fraudes» et qu'aucun parti n'a eu le contrôle des bureaux de vote, il a rencontré l'assentiment d'une délégation de parlementaires des Etats-Unis ayant participé à la supervision du scrutin, et du représentant du PNUD en Haïti, Oscar Tarranco, entre autres.
Ils étaient tous là à féliciter, de gré ou de force, de gaieté de coeur ou pas, les électeurs haïtiens, du Représentant démocrate du Michigan John Conyers à la Maison-Blanche en passant par le porte-parole du Département d'État Richard Boucher qui déclarait de son côté que «ces élections étaient un reflet de la volonté du peuple haïtien de choisir ses dirigeants à travers des élections libres et ouvertes...»
Et il n'est que du journaliste Don Bohning du Miami Herald, peu suspect d'être un sympathisant du président Aristide, qui écrivait que «les premiers indicateurs suggéraient que le Parti Fanmi Lavalas de l'ex-président Aristide s'oriente vers une confortable victoire». Comme s'ils s'étaient donné le mot, son confrère du Washington Post, Michael Dobbs ce mardi 23 mai disait à son tour: «Lavalas, le Parti au pouvoir de l'ex-président Aristide semble maintenant s'orienter vers une victoire significative qui pourrait mettre fin à l'interminable crise constitutionnelle en Haïti» (W. Post, 23-05-00)
Ce n'est certes pas de bon gré que la communauté internationale, ainsi que cette presse accepte cette victoire qu'elle avait tout fait pour rendre impossible. Et même la Maison-Blanche, et surtout le Département d'État auraient souhaité que l'opposition fasse meilleure figure dans la course électorale. Mais le président Clinton pouvait-il jouer avec le feu en acceptant l'échec auquel voudraient le conduire ses adversaires républicains? Ces élections réussies en Haïti sont un plus pour les démocrates aux élections qui se dérouleront à l'automne aux USA.
Mais tout n'est pas dit pour autant, car il ne faudrait pas croire la mariée trop belle, car l'extrême droite républicaine ne baissera pas les bras. Et ces acquiescements rapides de la communauté internationale face à une victoire qu'elle ne peut nier signifient-ils qu'elle n'a plus rien dans son sac? On voudrait bien le croire. Cependant le porte-parole de l'Espace ne perdait pas espoir de trouver encore une main secourable dans sa déroute en s'écriant en toute impudence: «C'est maintenant que l'Espace de concertation va lutter, c'est maintenant que le peuple va lutter. Qu'on le veuille ou non la démocratie doit être établie réellement en Haïti. Le peuple a dit clairement qu'il ne veut pas du désastre, qu'il veut du changement.» Déjà l'on remarque que le président du CEP Léon Manus vient de déclarer qu'il n'était pas question de continuer à donner des résultats partiels! L'Espace et ses protecteurs auraient-ils déjà commencé à exercer des pressions sur le CEP en vue d'altérer les résultats du scrutin? Ces pressions viseraient-elles à un partage du gâteau électoral au sommet où le cas échéant à un boycott du second tour? C'est dans l'ordre des choses possibles car tous ceux-là qui préparaient le coup d'État électoral du 19 mars, n'ont pas changé de nature ou d'intérêts ni de maîtres.