Haïti Progrès
 17 au 23  Mai  2000
Actualité politique


Élections: Des exigences à la hausse

Au fur et à mesure que l'on se rapproche du premier tour du scrutin fixé au 21 mai, les rencontres se multiplient entre les principaux acteurs impliqués dans le processus électoral afin de satisfaire notamment les revendications de plus en plus grandes des partis politiques d'opposition. Pour essayer de convaincre ces derniers, le Premier ministre Alexis a dû annoncer une série de mesures. En l'occurrence on peut se rappeler la tentative du ministre de la Justice d'imposer une mesure inconstitutionnelle visant à interdire toute manifestation de rue «non électorale». Pour sa part Alexis a annoncé: «Je pense que les prochaines mesures que nous prendrons, les déclarations que nous ferons, permettront de dissiper tout doute sur la volonté réelle de l'Exécutif d'assurer la sécurité des élections.»

Au cours d'une réunion tripartite CEP-Conseil supérieur de la police nationale-partis politiques, le chef du gouvernement a demandé aux partis de désigner des représentants pour travailler avec la police sur les aspects techniques de la question de sécurité, aux candidats de coordonner les activités de leurs agents de sécurité privés avec la police, tout en estimant qu'un climat d'apaisement propice aux élections dépend en définitive, en plus du CEP et de l'Exécutif, de la société civile et des partis eux-mêmes. Après une deuxième rencontre du même genre, il a été annoncé le transfert à la capitale du directeur départemental de la police dans la Grand'Anse, Fritz Jean, tel qu'il a été exigé par l'Espace de concertation. En outre les BED de la Grand'Anse et le BEC de l'Anse d'Hainault ont été remaniés de façon à les rendre plus «équilibrés» politiquement. Ce BED est désormais aussi composé: Guerrier Benoit, président; Gary Lundi, vice-président; Paulémon Michel, secrétaire-trésorier. Quant au BEC de l'Anse d'Hainault, il est constitué de: Fritz André Lalane, président; Pierre Mathieu, vice-président; Jeannot Jean-Baptiste, secrétaire-trésorier. Les anciens présidents et membre du BED, Ernso St Clair et Pierre Beauvais ont été transférés au CEP à titre respectivement d'assistant-directeur et conseiller technique aux opérations électorales. L'ex-présidente du BEC de l'Anse d'Hainault, Roselaure Aubourg, a été mutée au BED de Grand'Anse à Jérémie comme coordinatrice du service d'accueil des observateurs électoraux.

Pourtant encore le 11 mai, soit plusieurs jours après la tenue de ces rencontres, Ernso St Clair a indiqué n'avoir encore reçu aucune correspondance officielle faisant état de son transfert. «Nous avons compris le jeu. Des fois quand un enfant est trop turbulent on s'arrange pour l'assagir. Donc j'ai compris que c'est un jeu de malins, un jeu d'intelligents qui se joue dans le pays. Il faut se montrer intelligent, il faut se montrer malin pour jouer à ce jeu-là», a dit un Ernso St Clair qui est certainement quelqu'un à qui on ne l'apprend pas, et qui se trouve maintenant à passer des directives à la hiérarchie catholique pour exiger le transfert du père Samedi, curé de la paroisse de Sainte-Hellène à Jérémie.

Malgré les mutations, les remaniements, les replâtrages, les interdictions inconstitutionnelles, les partis politiques dans leur grande majorité continuent à montrer leur scepticisme et bien sûr leur insatisfaction. Jusqu'au Parti Louvri Baryè (PLB) qui a demandé la concrétisation des assurances données. «Naturellement il y a des manifestations de bonne volonté, nous croyons que ça ne suffit pas, voilà pourquoi aux autorités de poser des actes concrets», a déclaré son porte-parole Willy Louis. Même René Théodore du MRN, qui n'a objectivement rien à gagner ni à perdre dans ces élections, s'est prononcé en ces termes: «Nous attendons des actes... alors nous exprimerons notre satisfaction de façon concrète.» La même litanie a été exprimée par Reynold Georges de MPSN, Micha Gaillard de l'Espace et Josué Nicolas de Mochrenah qui a dit: «Nous voyons en principe que personne n'est prêt et nous devons faire de telle sorte que ces gens-là n'envoient pas le peuple à la boucherie... Il n'y a pas de système de sécurité réellement planifiée pour conduire le peuple vers des élections crédibles.» Dans cette perspective, Hubert De Ronceray du MPSN/MDN envisage de se retirer de la course électorale deux jours avant la date du 21 mai si son prétexte de sécurisation du scrutin n'est pas satisfait. Peut-être attend-il un «mot d'ordre»?

Toujours attachée à son coup d'État électoral, la communauté internationale tient quand même à l'organisation des élections à la date indiquée. Malgré les doutes exprimés par ses protégés de l'opposition, le gouvernement canadien pousse à fond sur la pédale et a déboursé 600 mille dollars canadiens pour l'observation électorale ainsi répartis: 150 mille dollars pour les observateurs du Caricom et 450 mille pour ceux de l'OEA. Ces fonds sont venus s'ajouter à 200 mille dollars alloués antérieurement par le Canada au processus électoral. En plus de cette contribution financière, l'ambassadeur Gilles Bernier estime que la contribution technique de son pays «est un bon appui pour avoir... une élection sereine et sécuritaire». Mais des parlementaires de la province de Québec semblent vouloir montrer leurs doutes face à l'assurance manifestée par le représentant du gouvernement fédéral canadien. En effet, dans un communiqué à en-tête de l'Assemblée nationale du Québec émis le 15 mai, il est dit: «Les parlementaires québécois ne participeront pas à la mission d'observation des élections en Haïti... Inquiet pour la sécurité des parlementaires qui devaient prendre part, le 21 mai prochain, à la mission d'observation des élections de la Francophonie à l'occasion de la tenue du premier tour..., le Président de l'Assemblée nationale, monsieur Jean-Pierre Charbonneau, a décidé d'annuler la participation des 3 députés québécois à cette mission... Les plus hautes autorités de la Sûreté du Québec (SQ) m'ont dit appréhender une aggravation de la violence en Haïti à l'approche des élections...» La Police provinciale (SQ) disposerait sans doute d'informations non disponibles pour la police fédérale (Gendarmerie royale) ou sans doute le gouvernement canadien aurait de meilleures sources ou sait-il mieux à quoi s'en tenir sur les prochaines élections? Mais il ne faudrait pas pour autant mettre de côté l'opinion du député québécois Jean-Pierre Charbonneau qui s'est toujours montré, et ce depuis le début de la crise en janvier 1999 et même dès 1997, très proche de l'OPL!

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