Un réseau terroriste démantelé?Haïti Progrès
17 au 23 Mai 2000Le jeudi 11 mai dernier, la nouvelle a commencé à circuler, d'abord à travers infohaiti.com, puis annoncée sur les ondes: au cours d'une descente, la Police nationale haïtienne (PNH) venait de mettre la main sur huit anciens membres de l'ex-armée d'Haïti dans l'après-midi de ce jour-là à Pétion-Ville et à Delmas, dans la banlieue de la capitale. Des équipements de photographie utilisés dans la confection de cartes à en-tête des «Forces armées d'Haïti» étaient saisis dans un studio situé à Delmas 101, ainsi que des documents, des uniformes militaires ainsi que d'autres accessoires. En outre un mandat était émis par le ministre de la Justice contre Serge Justafort qui serait à la tête du groupe. Justafort n'est pas le dernier venu, car il est, d'après les informations, le coordinateur du corps des agents qui assurent la sécurité des installations gérées par la mission diplomatique américaine en Haïti. C'est lui qui signe les cartes, qu'il remettait à de jeunes recrues qui versait 500 gourdes en échange de la promesse qu'elles intègreraient l'armée reconstituée. Ce Justafort, qui n'a pas encore été capturé, serait-il tout simplement un vulgaire arnaqueur ou est-il membre d'une plus vaste organisation de déstabilisation?
Sur l'entrefaite, la police annonce aussi la présence dans le pays de Lynn Garrison, ce mercenaire d'origine canadienne, ancien pilote aux Etats-Unis, et conseiller très spécial des militaires putschistes Raoul Cédras et Michel François durant le coup d'État de 1991 à 1994. Il avait alors beaucoup fait parler de lui, et il circulerait, toujours d'après la PNH «depuis quelques jours au niveau de plusieurs régions du pays menant des activités qui sont susceptibles d'être considérées comme déstabilisatrices pour l'ordre démocratique haïtien». Justafort serait-il de mèche avec Garrison? Pourquoi le ministre de la Justice n'émet-il pas aussi un avis de recherche contre Garrison? Sans doute ce dernier est-il trop bien «couvert» ou bien sa tanière bénéficierait-elle de l'immunité diplomatique? Justafort de son côté serait-il allé au-delà de ses «attributions» de coordinateur du corps de sécurité diplomatique au point de se voir livré par ses patrons? Autant de questions sur lesquelles on peut épiloguer ou spéculer sans doute. Cependant on ne peut que constater qu'il existe des individus bien en cour auprès de la communauté internationale qui ont ainsi les coudées franches pour se livrer à toutes sortes d'activités.
En désespoir de cause, le gouvernement aurait-il décidé de réagir face aux menaces qui planent à la veille des élections ou s'agit-il tout simplement encore une fois d'un coup d'épée dans l'eau?