Haïti Progrès
26 Avril au 2 Mai  2000
Où en sont les élections?

Après l'entente trouvée entre le CEP et l'Exécutif autour de la date du 21 mai pour l'organisation du premier tour du scrutin, il y a eu ensuite la proposition par le CEP du 25 juin pour le second. Selon le porte-parole de l'organisme électoral Roland Sainristil, le chef de l'État a donné dans une intervention publique la garantie que les élus, notamment les parlementaires, entreront en fonction tout de suite après la promulgation des résultats définitifs du scrutin.

Malgré ces démarches, l'opposition a voulu faire montre d'un scepticisme vis-à-vis de la volonté du président Préval d'organiser les élections, quand ce n'est d'une nette hostilité. L'OPL, le MPSN et le RDNP l'indiquent carrément en réclamant inconsidérément la démission ou le départ forcé du chef de l'Etat, incapable selon eux d'organiser des élections impartiales aux échéances normales. Rapidement le MOCHRENAH et l'Espace de concertation sont passés d'une position ambivalente à la même attitude d'intransigeance. «Pour nous autres de l'Espace de concertation il n'y a aucune date; toute date avancée qui ne semble pas respecter le 12 juin 2000, je pense qu'elle n'est pas conforme à la position exprimée par l'opposition. Si le régime voulait des élections, il les aurait déjà organisées. Aujourd'hui il est clair qu'ils sont occupés à tuer les gens mais non à organiser des élections», a gueulé Evans Paul. Ayant vu échouer le coup d'État électoral du 19 mars, l'opposition en vient à soutenir dorénavant que les élections ne sont pas possibles avec le gouvernement actuel.

Mais qu'en est-il des nombreux problèmes qui avaient justifié les reports répétés des élections? En annonçant l'accord sur le 21 mai, le président de la République avait précisé: «Nous avons eu beaucoup de discussions avec le CEP pour que nous regardions concrètement les différentes étapes... un exemple: rentrer tous les registres électoraux, un exemple: finir les inscriptions dans la Grand'Anse.» Don fixer une date donnée ou une autre ne résoud point le problème, puisque la dite opposition, maintenant qu'elle voit son plan de coup d'État électoral mis au grand jour et avorté, ne s'emploiera-t-elle pas à créer toutes les conditions pour empêcher la tenue du scrutin? D'autant plus que les déclarations incendiaires de l'un de ses porte-parole montrent bien qu'ils n'en veulent plus d'élections.

De son côté, l'ex- sénateur Wesner Emmanuel donnait son propre verdict: «Il nous faut commencer a évaluer les problèmes qui peuvent se poser après la proclamation des résultats du premier tour - il peut y avoir des contestations - donc quel temps aurons-nous pour résoudre ces problèmes de contestation et organiser ensuite le deuxième tour?» D'autant qu'à en croire les responsables du CNO (Conseil national d'observation électorale), qui ont donné une conférence de presse le 13 avril, l'accord conclu entre Léopold Berlanger du CNO et le président du CEP Léon Manus demeurerait, malgré ses contradictions avec le décret-loi électoral et son caractère secret. Passé à l'insu des autres membres du CEP, cet accord illégal avait été révélé au grand jour par Jean Dominique de Radio Haïti Inter justement peu avant son assassinat.

Les pressions et l'ingérence étrangère auront-elles eu raison de la volonté manifestée par l'Exécutif de voir s'organiser des élections dans des conditions démocratiques de participation et d'honnêteté. Ces pressions en effet sont nombreuses. Orlando Marville et son équipe d'observation électorale de l'OEA n'ont pas hésité à faire paraître le lundi 24 avril un communiqué plein de sous-entendus disant: «La Mission d'observation exprime son indignation vis-à-vis de l'enlèvement jeudi dernier de Claudy Myrthil, candidat de l'Espace de concertation…Elle rappelle que ces actes de violence et d'intimidation sont inacceptables dans un État de droit… La Mission est consternée par le climat d'insécurité qui sévit dans le pays, lequel aurait même conduit au désistement de quelques candidats aux élections législatives, municipales et locales… À nouveau la Mission rappelle que l'État est le premier responsable des conditions de sécurité sans lesquelles les institutions ne peuvent fonctionner correctement.»

Passons sur le fait que tel n'est pas le rôle d'une mission d'observation électorale d'énoncer ce qui précède; et arrêtons-nous sur ces «désistements» qu'Orlando Marville voudrait nous faire croire ignorer la vraie raison. Et essentiellement, quoi qu'il advienne, il en sera de la responsabilité du gouvernement, si l'on croit bien comprendre ce subterfuge pour préparer le terrain et faire porter d'avance la responsabilité de l'échec des élections au gouvernement, plus précisément au pouvoir Lavalas.

Il faut aussi remarquer que cet «enlèvement» a été le prétexte de base ayant servi à la rédaction de cette note. Pourtant Marville ne s'était point scandalisé quand Evans Paul de l'Espace de concertation claironnait que sept des membres de son parti avaient disparu après l'incendie de son quartier général le 8 avril dernier? La disparition de Myrthil serait-elle plus véridique ou mieux planifiée pour servir à des fins précis?

La communauté internationale a deux, sinon plusieurs fers au feu: D'un côté elle justifie le fait pour ceux qui disent réclamer des élections le plus vite possible à se trouver des raisons pour ne plus vouloir ces élections, et de l'autre elle clame à tout venant que ces élections sont d'une nécessité vitale quelles qu'en soient les conditions de leur déroulement. Par exemple, la commission parlementaire des pays ACP-Union européenne réclament des élections au plus vite, pour prétendument permettre le déblocage en faveur d'Haïti d'une enveloppe d'aide de 500 millions d'euros et autant en dollars US. Et ne faut-il pas l'indiquer:un journaliste de Radio Canada, Sylvain Desjardins, n'a pas eu peur du ridicule, qui n'hésitait pas, lui, à parler de «centaines de milliards qui dorment» (voir la section «En bref»).

Comme on peut s'en rendre compte, l'objectif visé n'est déjà plus un coup d'État électoral, mais bien un coup d'État tout court par le biais d'une intervention étrangère, comme celle par exemple de l'armée dominicaine que viendrait remplacer une force de l'ONU ou autre assez rapidement (voir page couverture). Sinon faire passer le temps jusqu'à la fin du mandat constitutionnel du président de la République pour reprendre le cycle à la manière d'Ertha Trouillot, avec quelque juge de la Cour de cassation qu'on aura repéré à cette fin, et du coup éliminer le secteur Lavalas et le secteur populaire de la scène politique.

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