Haïti Progrès
19 au 25 Avril  2000
La déstabilisation se
poursuit ouvertement

Une fois de plus, les pressions étrangères venues de toutes parts semblent avoir eu raison des réticences manifestées par l'Exécutif haïtien dans la question des élections. Comment ne pas rappeler en la circonstance, le commentaire de la secrétaire d'Etat des Etats-Unis, Madeleine Albright, lors du meurtre crapuleux du journaliste Jean Dominique? «La mort de ce journaliste, prétendait Madame Albright, est due à ce climat de violence et, un des moyens d'y remédier est de réaliser rapidement les élections.»

Cette partie de bras de fer engagée contre le peuple haïtien et dont l'enjeu se veut la tenue d'élections en quatrième vitesse et dans des conditions inacceptables, dans le but notamment d'écarter la masse des électeurs a atteint un nouveau avec l'assassinat planifié de Jean Dominique qui dénonçait justement les préparatifs de ce coup d'Etat électoral organisés par la communauté internationale. En effet, le lundi 17 avril, le gouvernement a officialisé les dates du 21 mai et du 25 juin proposées par le CEP pour l'organisation respective des 1er et 2e tours des élections. Ceci, sans prendre la peine de préciser les mesures qui avaient été prises pour corriger les multiples problèmes justifiant les reports antérieurs. En tout cas, ce n'est pas ce qui préoccupe nos tuteurs étrangers qui alimentent la déstabilisation politique du pays, dans le but inavoué, avec ou sans élections, de remettre la présidence et le parlement croupion à des dirigeants laquais.

En fait d'ingérence étrangère ces derniers jours, le cas le plus impudent est venu d'un membre du secrétariat international du Parti socialiste français, Paul Cozigon. Celui-ci est un habitué du pays depuis la fin des années 80, où il vient à titre de directeur de projets. Naturellement très lié à Serge Gilles du Panpra et au CONACOM, son appui bruyant et solennel pour l'Espace de concertation ne peut aucunement étonner. «Pour n'importe quel occidental l'idée qu'on brûle les locaux des partis politiques simplement pour des raisons électorales est invraisemblable... Le blocage on le voit clairement est du côté du pouvoir, ce pouvoir semble considérer qu'il va perdre les élections», a déclaré Cozigon.

Ces déclarations farfelues et cavalières d'un mercenaire dans la tradition des Bob Denard. Ce qui pourrait étonner c'est qu'il ait émis un communiqué au nom du Parti socialiste diffusé rapidement par l'Agence France Presse (AFP), mais n'est-ce pas sous le règne de ce Parti socialiste que «la France s'est fait le complice d'un des principaux crimes du siècle : le génocide Rwandais» (voir Un Génocide sur la conscience, par Michel Sitbon, édit. L'Esprit Frappeur, Paris 1998) Où donc se trouvait le secrétariat international du Parti socialiste français quand son pays armait les massacreurs?

Cette position de Cozigon ne surprend guère. Il reprend toute la rhétorique des déstabilisateurs: de bonnes élections peuvent être réalisées dans un temps record, les arguments de l'Exécutif sont plus politiques que ceux techniques fournis, la persécution des partis d'opposition, le non-respect des libertés publiques, etc.

Mais l'arrogance de cet homme a atteint son paroxysme quand il s'est mis en tête de défendre le devoir d'ingérence étrangère dans le dossier haïtien, sous le fallacieux prétexte que la démocratie est en danger en Haïti, sous ce régime débonnaire dirigé par René Préval. «Je comprends que les élections haïtiennes soient l'affaire du peuple haïtien mais justement encore faut-il que ces élections aient lieu. Elles sont financées en majorité, en grande majorité par l'aide étrangère...», a précisé Cozigon qui reprend ainsi le vieil adage: «Qui détient la bourse, détient le pouvoir». Donc l'aide des anciens colons aux néo-colonies n'est même plus à son avis le soutien moral à ceux qu'on avait dépouillés, ni même la pilule donnée aux tuberculeux pour les empêcher de tousser, mais une arme cynique de contrôle politique. Rendant le médecin coupable de la maladie, ou mieux, culpabilisant la victime, il impute au mouvement Lavalas tous les problèmes liés à la longue la transition démocratique en Haïti et aux ambitions de ses protégés. Où donc se trouvait ce zigoto de Cozigon lorsque Duvalier et ses sbires assassinaient la démocratie pendant plus de trente ans. C'est donc au nom de la démocratie que la France accueille et protège Duvalier depuis toutes ces années? C'est également au nom de la démocratie à la manière des Cozigon que son pays a rejeté la demande de jugement présentée, il n'y a pas longtemps, par un collectif d'exilés haïtiens en France contre Duvalier? Cozigon veut-il reprendre l'expédition Leclerc avec à sa solde les commandeurs du Panpra et du CONACOM?

En fait, cela entre dans le cadre général d'une déstabilisation planifiée en haut lieu. Les parlementaires des Etats membres de l'ACP-UE ont adopté dernièrement une résolution demandant aux autorités haïtiennes la tenue d'élections sans délai dans le pays, afin disent-ils, de permettre le déblocage de 500 millions d'écus et autant de dollars US d'aide à Haïti. La résolution invoque également la liberté d'expression, de réunion, d'association, d'impartialité des forces de police et d'indépendance du système judiciaire. On dirait qu'il y a en Haïti un gouvernement néo-nazi qui interdit toutes les libertés et rejette un milliard de dollars d'aide externe alors que sa population meurt de faim. Décidément la propagande anti-lavalas a très bien marché à l'étranger. Au point que lors de sa visite d'information en Haïti sur la perception qu'ont les partis haïtiens sur les éventuelles sanctions économiques et diplomatiques contre Haïti, le responsable du dossier Haïti au State Department Donald Steinberg a cru bon de rendre une visite de sympathie à radio Vision 2000 qui serait sous les menaces d'on ne sait qui. Alors qu'en fait, loin d'avoir le sort de Jean Dominique, le directeur de cette station de radio circule librement à Port-au-Prince dans sa grosse Jeep Mitsubishi, se montrant partout avec arrogance, sûr qu'il est d'appartenir au clan des intouchables.

Toutes ces machinations, diversions et diffamations ont pour toile de fond la présence de forces militaires dominicaines et des Etats-Unis à la frontière.

Pour cyniques et osés qu'ils soient, rien ne garantit que ces manœuvriers arriveront à leurs fins. Une tentative de récupération d'une marche de journaliste réclamant justice pour Jean Dominique a avorté piteusement le lundi 17 avril. La cinquième colonne voulait introduire dans les revendications l'affaire de menaces simulées contre radio Vision 2000. Mais la majorité des participants ont pris le contrôle de la situation et se sont bornés à demander le respect de cet acquis démocratique qu'est la liberté de la presse manifestement préservée jusqu'ici. Léopold Berlanger aura donc échoué dans ses tentatives d'utiliser cyniquement le meurtre de Jean Dominique, pour s'attirer des sympathies. Il en sera toujours ainsi, si le peuple maintient sa vigilance et la mobilisation contre toutes les autres facettes de cette campagne de déstabilisation tous azimuts enclenchée par ses éternels ennemis.

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