Haïti Progrès
12 au 18 Avril  2000
Des élections le 21 mai:
L'opposition en veut-elle encore?
Au moment où on s'y attendait le moins, le CEP et l'Exécutif haïtien ont annoncé le mardi 11 avril s'être finalement entendus sur une date pour la tenue du premier tour des élections législatives, communales et locales. Il s'agit du dimanche 21 mai prochain. Le conseiller électoral Carlo Dupiton a toutefois indiqué que la date du deuxième tour du scrutin ferait l'objet de discussions ultérieures. Selon lui, on n'avait pas insisté sur la date du 12 juin qui aux yeux de l'Exécutif ne représente pas une échéance constitutionnelle pour l'entrée en fonction d'une nouvelle législature. Prenant le contre-pied des déclarations du président du CEP Léon Manus selon qui il n'y aurait pas de consensus CEP-Exécutif autour d'une quelconque commission d'évaluation, Dupiton a déclaré: «C'était déjà convenu qu'on devait, n'est-ce pas, faire établir, si l'on peut dire, des commissions au niveau des départements pour pouvoir faire l'évaluation des registres électoraux». A en croire le responsable des opérations électorales, les trousses électorales, les bulletins de vote, etc. seraient déjà prêts. Il a donc lâché, confiant: «Bon je pense que oui, il n'y aura pas de nouveau report. Pourquoi? C'est parce que toutes les conditions, presque toutes les conditions pour les élections sont réunies.» Le «presque» a en effet ici toute son importance.

Avant son départ pour La Havane où il doit assister à la réunion du Groupe des 77, connu précédemment comme les pays non alignés, le président Préval a dit espérer que cette fois-ci le CEP va pouvoir respecter ses engagements et il a renouvelé ses observations à ce sujet: «Nous tenons à faire des élections législatives et celles des collectivités territoriales le plus rapidement possible, séparées de l'élection présidentielle qui doit avoir lieu le deuxième lundi de novembre. Cependant une élection est un processus, il a son temps. Je le répète: il ne s'agit pas de dire que vous voulez des élections, il faut pouvoir les réaliser» a dit Préval qui a critiqué au passage les précipitations du CEP. D'autant plus que la communauté internationale et ses agents locaux ne tarderont pas à battre la grosse caisse contre l'Exécutif, même s'ils savent bien que les retards et reports successifs sont dus à l'incompétence et surtout aux tractations souterraines du CEP.

La question à se poser: ce nouvel arrangement est-il le fruit des pressions externes doublées des agitations internes? Car jusqu'à tout récemment encore le doute planait encore sur quand et comment le CEP et l'Exécutif allaient s'entendre pour résoudre tous les problèmes surgis dans le processus électoral, dont la résolution n'est même pas entamée. En effet de multiples pressions ont été exercées sur l'Exécutif et sur l'ancien président Aristide pour cette crise électorale par le Congrès des Etats-Unis, l'administration Clinton, l'ONU et l'OEA. Diverses séances d'audition ont eu lieu entre les officiels des Etats-Unis là-dessus, et même des sanctions économiques ont été prises contre Haïti. Le secrétaire d'Etat Madeleine Albright se basant sur la popularité d'Aristide en Haïti a même déclaré: «Il devrait permettre que les élections législatives aient lieu là-bas, et ensuite les élections présidentielles... Nous essayons de lui faire comprendre que là il s'engage dans la mauvaise voie.»

Pourtant Albright sait bien que ses élections ne dépendent point de la volonté d'Aristide, et celui-ci n'a pu que lui confirmer lors de son passage à Miami la semaine dernière: «Nous avons besoin des élections... Nous devons avoir des élections dans de bonnes conditions. Mon parti est prêt à participer aux élections dès qu'une date aura été fixée.» Anthony Lake, l'envoyé et conseiller de Clinton aura rencontré une fois encore Aristide le mercredi 5 avril pour renouveler des pressions qui semblent désormais viser autre chose que des élections proprement dites? Même Olivier Nadal dans son prétendu exil aux Etats-Unis aura été dans le secret des dieux, lui qui avait dit le 7 avril sur les ondes de radio Métropole: «Je crois savoir que d'ici 2, 3, 4 jours une nouvelle date sera fixée par le CEP et en accord avec l'Exécutif.»

En tout cas, quelques jours auparavant l'opposition s'était montrée carrément opposée à l'Exécutif, dont elle mettait en doute la bonne volonté. Toutes tendances confondues, elle s'était engagée dans l'option zéro prônée autrefois surtout par l'OPL et le MPSN. Le président de l'Espace de concertation, Serge Gilles a choisi d'estimer que ce gouvernement ne veut pas organiser des élections car à son avis, Préval n'organisera point d'élections séparées de la présidentielle. Cette position a été encore exprimée de façon plus radicale par Reynold Georges de l'ALAH/MPSN: «Nous autres notre position c'est que nous ne voyons point d'élections possibles avec le gouvernement Lavalas... C'est un autre gouvernement qui devrait venir organiser les élections.» Le 21 mai, est-ce une date retenue sous pression? Puisqu'en effet tous les problèmes antérieurs sont loin d'être résolus. Par exemple l'insuffisance des cartes électorales sera-t-il enfin prise en compte, entre autres? Il est en outre presque clair que le 12 juin,- auquel l'opposition et ses supporters étrangers tenaient tant,- ne verra point l'entrée en fonction de la 47e législature, vu l'étendue des problèmes à résoudre, on n'a plus qu'à attendre la «nouvelle» voie que choisira la dite opposition.

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