Haïti Progrès
5 au 11 Avril  2000
Nouveau complot de l'USAID/IFES

Contrairement à toute logique, le CEP est à la fois juge et partie; il lui a été confié la tâche d'évaluer ses propres dégâts dont il a été le maître d'oeuvre dans le processus électoral. Et c'est encore sur fond de conciliabules au Palais national, pareils à ceux qui avaient conduit à sa formation, que les conseillers électoraux ont remis au président René Préval le rapport d'évaluation réclamé sur les irrégularités constatées et dénoncées dans la préparation des élections. Mais toutes ces tractations continuent à se dérouler en aparté. Et c'est au nom du principe démocratique de transparence que le Parti populaire national (PPN) a, au cours d'une conférence de presse donnée le 3 avril au local du journal Haïti-Progrès à Port-au-Prince, demandé à l'Exécutif de rendre publics les résultats de cette «enquête».

De son côté, le Premier ministre Jacques-Édouard Alexis a indiqué que selon les techniciens haïtiens, du PNUD et de l'IFES mis au service du CEP, une évaluation sérieuse du processus électoral prendrait 7 à 8 semaines. Ce qui, s'il n'y a pas d'autres complications, nous amènerait au mois de juin 2000, soit à cinq mois de la présidentielle de novembre. Après quoi il faudra, en plus apporter les corrections, et par exemple poursuivre avec les inscriptions d'électeurs. Rappelant que le CEP avait été installé le 24 mars 1999, le secrétaire général du PPN, Ben Dupuy, a déclaré: «Ce que nous nous demandons: si c'est après 15 mois que nous saurons ce qui s'est passé dans cette affaire d'élections, les magouilles enregistrées... Et alors on n'aura pas encore organisé les élections législatives et celles des assemblées territoriales... Combien de mois serons-nous donc obligés d'attendre pour avoir la présidentielle de novembre 2000 ?»

L'USAID-IFES veut amener le pays à cette situation où le mandat du président Préval s'achèvera sans qu'on ait cette présidentielle. Alors, tout comme dans le cas de l'option zéro, on fera appel à un de ces morts-vivants de la Cour de cassation pour prendre en main les rênes du pays ainsi jeté dans le chaos. Cette manoeuvre visant à rendre caduque la présidence de Préval est d'autant plus possible qu'un Conseil électoral permanent doit être mis sur pied pour l'organisation de la présidentielle, après les élections législatives, municipales et locales, et celles au second degré des assemblées municipales, départementales et du conseil inter-départemental. Donc le nouveau délai imparti par l'IFES est dicté par tout autre chose que par la sagesse, mais relève plutôt d'un nouveau plan machiavélique pour contourner l'échec du coup d'État électoral, du moins le remettre à plus tard.

Si l'on doit prendre une comparaison, alors qu'en République dominicaine il avait fallu trois années pour inscrire les électeurs, notre CEP n'avait prévu qu'un seul mois pour l'inscription de plus de 4 millions d'électeurs devant recevoir de surcroît une carte électorale plastifiée avec photo. Sous l'injonction étrangère, il devait manipuler le scrutin de façon à octroyer une majorité parlementaire frauduleuse à l'opposition, notamment l'Espace de concertation. L'objectif final étant d'imposer un Premier ministre non lavalassien susceptible d'appliquer sans retenue leur projet politico-économique. Désormais, une fois déjouée par le peuple cette phase du plan, on s'aperçoit nettement que l'Espace de concertation, principalement par les déclarations virulentes de son porte-parole Evans Paul, met progressivement de côté l'option électoraliste pour se rapprocher des partisans de l'option zéro, en appelant désormais à la formation de «brigades de vigilance et autres comités», et en infiltrant et dénaturant les manifestations populaires réclamant le départ du CEP.

De leur côté, les partisans invétérés de l'option zéro comme l'OPL et le MPSN appellent de tous leurs voeux une occupation étrangère, seule capable de leur apporter la victoire sur leurs adversaires politiques. Plus récemment, Sauveur Pierre-Etienne de l'OPL a, quant à lui, fait un appel du pied à l'armée dominicaine, en déclarant grossièrement que le «narco-Etat que le régime lavalas voudrait instaurer» en Haïti représente une menace pour la République dominicaine.

«La guerre ne commence pas avec des bombes mais avec des mensonges», a cité Ben Dupuy qui s'est demandé comment le Sénat des États-Unis peut-il savoir que 15% de la drogue arrivant dans son pays passe par Haïti? N'est-ce pas là un moyen d'accuser l'ennemi qu'on veut abattre de rage? Une grande préparation psychologique est en cours dans le pays et à l'étranger, comme nous l'avions montré la semaine dernière.

Ces manoeuvres et campagnes de diffamation se font parallèlement à un climat d'anarchie instauré dans le pays par les forces des ténèbres auxquelles s'allie sans vergogne l'OPL de Gérard Pierre-Charles, un ancien dirigeant du parti «communiste», a déploré Ben Dupuy. L'insécurité actuelle est à son avis une carte que s'est réservée la communauté internationale qui, malgré l'intervention de plus de 20 mille hommes de troupe en septembre 1994, n'avait rien fait pour désarmer les escadrons de la mort, encore moins les tortionnaires militaires. Depuis lors ils sont allés, d'assassinat politique en assassinat politique. Et cette escalade non contrée par les responsables vient de faire une nouvelle victime avec l'odieux meurtre commis sur la personne du journaliste bien connu Jean L. Dominique de Radio Haïti Inter. «Le complot électoral étant déjoué, ils veulent désormais créer l'anarchie et provoquer la guerre civile dans le pays», a conclu le dirigeant du PPN.

Revenant aux problèmes posés dès l'enclenchement du processus électoral, Dupuy s'est demandé: «Qui est-ce qui a signé un contrat avec l'IFES?... L'IFES censé être une ONG participe à tout dans ces élections. Le gouvernement a-t-il signé un contrat avec l'IFES? Le gouvernement a-t-il autorisé l'IFES à siéger à l'ancien local du ministère de l'Information, un bureau public? Ou du moins est-ce le CEP qui a signé un contrat avec l'IFES? Nous avons besoin de savoir qui a introduit l'IFES dans cette affaire électorale au point que l'USAID, une agence du gouvernement des États-Unis, qui a elle-même signé un contrat séparé avec l'IFES pour la fabrication de cartes électorales devenue aujourd'hui une source de problèmes.» La communauté internationale, a-t-il poursuivi, nous remémore les anciennes commissions civiles que la métropole française savait envoyer à St-Domingue pendant l'époque coloniale, afin de superviser tout ce qui se faisait dans l'île. C'est la même ingérence coloniale qu'on constate encore aujourd'hui de la part des pays dits amis d'Haïti et des organisations supra-nationales. Au cours des scandales qui ont éclaté en France sous le règne socialiste de Jospin, dans l'Allemagne de Köhl, lors des affaires Irangate, Watergate, Whitewater, ou Monicagate aux Etats-Unis, a-t-on jamais entendu un ambassadeur haïtien dire publiquement aux journalistes son opinion, s'est demandé Ben Dupuy. Selon lui, les diplomates étrangers accrédités en Haïti se croient dans une colonie, et ne s'astreignent point à l'obligation de réserve consignée dans la Convention de Genève régissant la diplomatie internationale.

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